De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
Croître et décroître pour faire un vrai développement durable de qualité.
Texte paru dans le journal Vivants, janvier 2007.
Au moment où Al Gore essaye de réveiller la planète pour lui montrer les dangers du réchauffement climatiques, les écologistes sont divisés sur les solutions à mettre en œuvre. Certains parlent de développement durable d’autres de décroissance. Ainsi nombre d’écologistes voient dans le mot d’ordre de décroissance une idée nouvelle et mobilisatrice qui remplacerait l’idée de développement durable. On peut le regretter car l’ambiguïté de ce terme, ses soubassements philosophiques et ses implications politiques ne sont pas à la hauteur de la crise écologique à venir.
La notion de décroissance renvoie symboliquement à une image négative de diminution, de déclassement, de dévalorisation qui correspond hélas à une situation que vivent effectivement de plus en plus de personnes touchées par une précarisation croissante. Les partisans de la décroissance font l’éloge de la pauvreté, le n°23 du journal La Décroissance titrait ainsi « vive la pauvreté ». Cette posture interroge au moment où on compte 2,7 millions de chômeurs, 1 226 000 RMIstes et plus de 500 000 travailleurs intérimaires. La pauvreté, nombreux sont ceux qui la vivent et la subissent. De plus en plus de personnes doivent se contenter d’expédients pour survivre. On ne peut amener pas ces personnes à l’écologie en leur demandant de « vivre simplement » ou de faire de la « frugalité » ce qui pour eux ne peut être vécu que comme le maintien de leur précarité. L’écologie risque alors d’être considérée à tort comme une lubie de riches et une acceptation de la misère.
La cause écologique est à un moment où les préoccupations environnementales sont au plus haut dans les médias et le vécu des français. Mais ceci ne se traduit pas dans l’espace politique et les politiques publiques. La diffusion de la notion de décroissance entretient hélas ce phénomène à un moment crucial, car c’est une notion trop générale. Ainsi cette idée fait l’impasse sur l’idée que certains français ont besoin de croissance. En matière de services publics certaines zones du territoire ont besoin de plus de moyen pour faire face à la ghettoïsation, d’autres de plus bureaux postaux, d’infrastructures scolaires, d’espaces culturels et sportifs, d’équipements publics, ou d’autres encore de plus de soin (comme l’illustre les dernières statistiques sur la multiplication des étudiants ne se soignant pas).. etc. On constate que certains ont besoin de plus.. de croissance. Car contrairement au flou qu’entretiennent les décroissants les services non marchands des services publics sont comptés dans le produit intérieur brut, PIB, tant détesté. Ainsi la croissance mesure l’évolution de certaines productions marchandes dangereuses : production chimique, industrie de l’emballage, agriculture productiviste, industrie automobile…pour lesquels l’idée de décroissance est pertinente. Mais elle mesure aussi la production non marchande, éducation, services publics pour lesquels la décroissance est dangereuse. Alors l’opposition systématique au terme de croissance passe à côté d’une grande part de l’activité économique moderne si nécessaire à nos sociétés.
Il apparaît aussi clairement que pour arriver à un objectif commun entre écologistes et décroissants, c’est à dire la réduction de notre empreinte écologique et la sortie de l’économie du pétrole, qu’il faille, au moins temporairement, de la croissance dans certains secteurs. Le slogan de décroissance devient alors contre productif. Ainsi il y a de quoi s’inquiéter quand se crée un parti pour la décroissance, qui préconise que « tout élu du Parti pour la décroissance […] participant à un exécutif, se met de lui-même en dehors du mouvement.» Ceci afin « d’insister sur le fait que le politique seul ne pourra que partiellement apporter de solution à la crise écologique, sociale et humaine, celle-ci nécessitant prioritairement une prise de conscience et une responsabilisation de l'ensemble des individus, et donc un changement de comportement à son échelle avant d'essayer d'en convaincre les autres. » Le discours sur la décroissance renvoie donc prioritairement l’écologie aux actions individuelles et refuse les luttes pour l’exercice réel de nouvelles politiques publiques. Cette posture n’est pas à la hauteur du changement civilisationnel que demande la crise écologique contemporaine. On le constate avec quelques exemples. Ainsi pour réduire les consommations d’énergie afin de limiter l’effet de serre il faut des mesures nationales et européennes d’investissement dans la consommation de capteurs solaires, de rénovation des bâtiments, de construction d’éoliennes, de recherche dans les biocarburants, de construction de chauffage urbain collectif par géothermie ou biomasse.. etc. De la même manière pour réduire l’effet de serre et sortir du tout bagnole.. nous avons besoin de plans régionaux et européens de développement du réseau ferré, fluvial et maritime. Ces investissements et la croissance induite sont un pari sur l’avenir et sur la réduction future de notre consommation d’espace et d’énergie.
Loin d’un mot d’ordre général de décroissance pour lequel « smalll is beautifull », les écologistes pour répondre réellement aux problèmes structurels de notre société doivent lutter pour la défense de politiques publiques ambitieuses. Et ils doivent faire pression électoralement sur les autres partis pour obtenir de vraies ruptures écologiques dans nos modes de production et de consommation. La création d’un vice premier ministre au développement durable serait un de ces signes forts.
Les Verts dans les collectivités où ils sont élus se battent, souvent avec abnégation, pour faire augmenter les budgets pour les transports en commun, les énergies renouvelables, les services publics… Le discours global de décroissance s’avère pour eux totalement contre productif. Car il délégitime les politiques publiques ambitieuses qui sont la clé d’une réelle transformation écologique de notre société. Pourtant nous avons un modèle européen qui existe. Ainsi Mona Sahlin, ministre suédoise du Développement durable, a lancé un véritable plan Marshal de sortie de l’économie pétrole par des investissements massifs (et donc de la croissance ) qui devrait dans 15 ans rendre quasi nulle la dépendance de son pays au pétrole. Cette démarche révolutionnaire devrait nous inspirer et nous rappeler qu’au-delà de la valorisation de pratiques individuelles écologistes, c’est pour mener des politiques publiques ambitieuses que les écologistes doivent se battre. Espérons que l’ingéniosité de nos voisins européens nous inspirera dans les mois à venir et souhaitons que si nous défendons la réduction, la décroissance, de certaines activités dangereuses et polluantes nous saurons aussi convaincre les autres forces politiques d’en faire croître d’autres, écologiques, pour changer d’ère.
Cyril Di Méo, Enseignant de sciences économiques et sociales et conseiller municipal d’Aix en Provence.
Jean Luc Bennahmias, Député européen et conseiller régional PACA