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De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.

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Sortir de l'économisme ??

Je reçois le commentaire suivant de C Homs animateur de décroissance.info qui est très intéressant. Je n'en partage pas l'opinion mais c'est une trame de discussion. En bleu mes remarques.

Pour répondre à Cyril et à sa vision transhistorique (substancialiste) de l'économie :

Je pense au contraire avoir une vision culturaliste et historiciste...

La SORTIE DE L'ECONOMIE c'est quoi ? Charles Marx et le crépuscule de l'économie expliqués aux enfants...

Patrick Viveret pose une question fondamentale à mon sens, et sur laquelle j'aimerais rebondir pour commencer : « Pourquoi ne pourrions-nous pas émettre l'hypothèse que les crises dites économiques que nous vivons sont en fait des crises culturelles liées à la sortie de l'économique ? » [1]. Très vaste question qui montre l'ampleur de la déconstruction à mettre en oeuvre. Explicitation...

Je ne crois pas qu'on puisse sortir de l'économie, ça ne veut rien dire. Toutes les sociétés ayant des mécanismes de circulation, de création et de répartition de richesses. Mais toutes les sociétés n'ont pas les mêmes formes. Considérer les rapports de production et les modes de répartition de la richesse comme de simple rapports symboliques pose de lourds problèmes revenant à croire qu'il n'y a que de l'idéel et pas de matériel au sens de Godelier.


L'Economie est un paradigme, c'est un ensemble de valeurs qui mis en relation forment un système. Ainsi quand j'utilise le mot « économie », je l'utilise au sens de S. Latouche, c'est-à-dire comme système ou ensemble auto-référentiel de représentations [2]. « L'histoire de la pensée économique est surtout l?histoire de la construction de l'économique comme pratique et comme pensée, autrement dit la construction de l'économie et de l'économie politique » [3]. Si donc on se place dans cette acception du terme « économie », « d'emblée l'économie fait problème, elle n'est pas là comme ça, naturellement, que ce soit comme domaine ou comme logique de comportement, autrement dit, il n'y a pas de substance ou d'essence de l'économie » [4], et donc l'économie n'existe pas de tout temps et en tout lieu. « Les opérations économiques de production, consommation, épargne, investissement, achats, ventes, etc., ne sont ni naturelles, ni universelles, ni éternelles, ni rationnelles (en elles-mêmes) » [5]. C'est-à-dire, pour expliciter que l'économie n'est pas une substance transhistorique, « la réflexion économique selon notre approche, ne se développe pas à un moment historique sur une pratique transhistorique (autrement dit naturelle), elle surgit dans le prolongement de l'émergence d'une pratique qui prend et constitue un sens économique progressivement à travers une théorie qu'elle contribue à supporter et susciter. Chacun des niveaux a besoin de l'autre pour s'y fonder » [6]. Serge Latouche donne alors une estimation de datation de cette invention de l'économie, qui bien sûr n'est là que pour donner un ordre d'idée, une fourchette vague : « entre 1671-1871 » [7].

Cette pratique confond le regard, la démarche scientifique et l'objet, le réel. Cela revient à une attitude ultra nominaliste considérant qu'il n'y a aucune différence entre les choses et la nomination des choses. Comme si science économique c'est à dire regard objectiviste sur les relations de production et d'échange et choses économiques étaient fusionnées...

Cette vision revient à fusionner histoire de la science économique et l'existence de mécanismes économiques. Cela revient à rendre impossible toute attitude de compréhension du monde qui ne soit pas une contemplation...

Je prendrais en plus un exemple qui me semble contredire fondamentalement cette vision. Aristote réfléchit sur la chrématistique plusieurs siècles avant Jésus Christ.. .Il réflechit avec un regard scientifique sur l'économie et l'inversion du rapport entre argent et marchandise. L'argent devenant la finalité de l'activité de production plus que le moyen de l'échange... Latouche est à mon avis complétement à côté de la plaque d'un point de vue épistémologique en croyant que c'est au XVIIeme que s'est créée l'économie et la science économique.



Il n'y a donc pas transhistoricité mais historicité de l'économie et de la vie saisit comme « vie économique ». La mise en économie du monde, c'est-à-dire l?invention de l'économie, l' « économicisation du monde », consiste en « une alchimie transformant en un savoir de plomb l?or de la richesse existentielle » [8] : C'est-à-dire que « les opérations que nous considérons comme économiques, d?évidence, ne peuvent apparaître qu'avec l'existence et donc la production antérieure d?un discours et de concepts qui nous les donnent à voir comme économiques » [9]. C?est là, dans cette visée de la conscience qui dans son intentionnalité saisit son objet comme « économique » en tant que tel et de façon séparé, la « genèse transcendantale de l'économie » comme dit Michel Henry [10], c?est-à-dire l?auto-institution d?une croyance dans l'évidence d?une réalité économique. Il n?y a donc pas en soi (selon cette thèse) de « réalité économique » : c?est une construction de l?imaginaire qui affirme que telle et telle opération (se nourrir, se loger, dormir...) est « économique » et le constitue comme tel. Il faut donc (affirme cette thèse) sortir de cet imaginaire économiciste : « l'erreur de la plupart des commentateurs de Marx a été de faire de l'économie la réalité alors que Marx n'a cessé d'affirmer que celle-ci n'était qu'une abstraction » (M. Henry). Disons donc que l'économie apparaît quelque-part entre le XVII et le XIXe siècle. C'est là la date de « l'autonomisation de l?économique », c'est-à-dire de la formalisation de la séparation d'avec la vie concrète, d'un objet désormais qualifié d'« économique », et de sa mise en représentation dont l'irréalité détermine désormais ce qu'est la « réalité » perçue dès lors elle aussi comme économique. Le bluff du discours économiciste qui fonde l'économie comme système de la valeur objective, est alors l'affirmation de « la vie économique comme réalité et l?économie politique comme savoir de cette ?? réalité ?? » [11]. La croyance que la réalité est une réalité économique qui existe de tout tant et en tout lieu, est alors le résultat de ce processus historique.

Cette vision phénoménologique confond le développement d'une rationalisation du monde sous la pression technique et industrielle et l'émergence d'un espace réflexif appelé raison. Historiquement l'économie a prit une part croissante dans l'ordre social ceci s'appelle le capitalisme...cela ne veut pas dire que l'économie a été créée par le capitalisme. Cette vision du désencastrement oublie de dire que Polanyi écrit en 1944 et qu'il décrit des tendances au réencastrement via le communisme et la nazisme.. L'idée d'une dégradation linéaire et d'un désencastrement croissant ne me semble pas coller à la réalité d'un système économique qui sous la pression du monde ouvrier a connu de nombreux mécanismes de re-socialisation de la richesse. Les exemples des retraites, de la sécu en sont des exemple.

Qu'avons nous avant « l'invention de l'économie », c'est-à-dire ce vaste discours qui identifie, sépare et classifie la réalité en de jolis bocaux déposés sur des étagères ? Avant l'invention de cette sphère de représentations économiques qui norme, mesure, biffe et dissèque, c'est à dire avant la « vie économique », il y a la vie tout court... La vie des individus sans la médiation de la représentativité, la vie tels qu'ils l'éprouvent et la vivent immédiatement, c'est-à-dire non pas le procès économique, mais le procès réel. C?est-à-dire que « le fondement méta-économique de l'économie est la réalité réelle de la praxis concrète et vivante » (M. Henry). Bien entendu « les usages fondamentaux [dormir, se nourrir, se loger, se protéger...] sont éternels et universels, mais leur qualification comme économiques repose sur une construction imaginaire datée » [12]. Avant la saisie de ces opérations (se nourrir, dormir, se protéger...) comme autant de « réalités économiques » identifiées comme telle, ces opérations ne sont l'objet d'aucune médiation, que celle-ci soit la valeur d'échange ou tout type de représentativité (argent, salaire...). Ces différentes opérations sont « enchâssées » dans la vie individuelle et la vie sociale et symbolique, dans la joie de vivre et d'être encore en vie. Elles sont vécues sans distance possible entre elles et la conscience, dans l'immédiateté d'un éternel présent vivant, ici et maintenant (hic et nunc). C?est-à-dire que ces opérations et la praxis ne font qu'un. Le procès réel de production est une activité de la vie, issue de son besoin et visant à rendre toute chose homogène à celui-ci. Ce procès réel de production existe depuis l'origine des histoires des individus vivants, il est le fondement méta-économique de l'économie (le système de la valeur), et donc du système de la valeur en elle-même et pour elle-même (la plus-value) : le capitalisme. « Mais si le procès réel de production est présent au sein du capitalisme, celui-ci ne se réduit nullement à celui-là, il en diffère plutôt, et cela de manière essentielle, en tant qu'il superpose à ce premier procès tout autre chose, un procès économique. Le procès réel produit des objets réels, des valeurs d'usage. Le procès économique produit des valeurs d'échange, il produit la valeur en tant que telle et pour elle-même » [13].

Opposer la vie à l'économie c'est très étonnant comme si c'était le XVII qui avait inventé la misère, la pauvreté, les famines et détruit un ordre de réciprocité naturelle et non économique. Je ne vois pas quelle est l'immédiateté d'un éternel présent  et la joie de vie et d'être en vie vantés par ce texte.. Comme si la conscience et le temps linéaire avaient été inventés par l'économie...L'économie n'a pas inventé le système de la valeur d'usage...


Ce procès réel de la valeur subjective de la praxis est aujourd'hui nié et plongé dans l'obscurité de l'arrière-cour de l'Economie de croissance ou de décroissance. Mais il est là présent à chaque bouffée de vie, dans l'éthique, l'esthétique, les affinités, l'empathie et la sympathie (Max Scheler, Nature et formes de la sympathie), les amours, la « connaissance ordinaire » (M. Maffesoli), la « socialité primaire » (A. Caillé), la « common decency » (G. Orwell) et la joie malgré la tyrannie de la réalité économique, d?être toujours en vie. La puissance instituante de l'auto-accroissement de la vie auto-affective qui déborde d'elle-même dans un « voir plus » ou un « se sentir plus » vivre, est ce qui, malgré l'intégrisme de l'objectivisme économique ou encore la spectralité (Marx) et la spectacularité (Debord) de nos existences réduites à une sur-vie éternisée, fait que Nous Désirons encore et toujours sans fin.

Ceci revient à une position ultrarelativiste consistant à dire que tout discours sur le social vaut n'importe quel discours. La conclusion pour Maffesoli a été de faire soutenir une thèse de sociologie à Elisabeth Teissier..Opposer le monde froid du discours de la science et le discours chaud du sens commun dans lequel devrait s'enraciner le nouveau monde à venir pose problème. Le sens commun c'est aussi, hélas, qu'il y a trop d'arabes en France, que la peine de mort c'est super ou d'autres inepties. Il y a là un spontanéisme dangereux. Cette théorie Vaneigemienne du désir sans fin...me parait être une défense d'un subjectivisme peu pertinent. Ce n'est pas le désir qui fonde l'ordre social. Je sais que ce fut très à la mode avec Deleuze, Guattari, l'anti Oedipe etc... mais cela revient à nier le rôle structurant des institutions sociales et des règles sociales. Cette post modernité auto-référentielle, refusant tout instituant pour se perdre dans la dilution des signifiants c'est le culte du narcissisme érigé en ordre social.

Le « crépuscule de l'économie » (titre du dernier chapitre de l'ouvrage de S. Latouche cité), c'est-à-dire le renversement de l'idole et de la tyrannie de la « réalité économique », nous ouvre alors les portes et la ligne d'horizon du « monde de l'après-économie, de l'après-développement, une authentique postmodernité » [14]. C'est-à-dire que « l'histoire qui fait - qui fera - suite à l'économie marchande, n?en sera pas moins l?histoire des individus, l'histoire de leur vie : en un sens, c'est ce qu'elle sera pour la première fois » [15]. C'est-à-dire que l'après-économie sera ce que Marx appelle très clairement « le libre développement des individualités » [16], ou encore le « renversement du renversement » (Debord), et plus concrètement la substitution de la valeur subjective du procès réel à la théorie économiciste de la valeur objective du procès économique. Dans ce temps de l'après-économie, « l'activité individuelle, la vie, la praxis n'est point abolie, elle est rendue à elle-même. Elle n'est plus déterminée par la production matérielle - cela veut dire : elle ne se confond plus avec elle et, pour cette raison aussi, elle n'est plus doublée par un univers économique » [17]. En cela, l'objectivisme et plus généralement la représentativité doivent être à chaque instant l'objet d'un soupçon plutot que d'une évidence. L'extension du domaine de la lutte est aussi celle de l'extension de la sphère du soupçon (Marx, Freud, Nietzsche).

L'objectivisme et la représentativité doivent subir le renversement permanent c'est une vision post moderne qui a force d'être critique devient conservatrice. Car cela nous laisse sans point d'appui progressiste pour refuser les croyances barbares, les inégalités insupportables..si tout se vaut et tout peut être remis en question...pourquoi nous battons nous ? Laissons le système tel qu'il est ?? Qu'est ce que debord a renversé à part lui même en se suicidant ? L'ultra radicalité de la critique du spectacle afini dans le spectacle et l'ultra mise en scène de la critique... Et puis quel serait ce monde de la paxis rendue à elle-même a-symbolisée ? Cela ne laisse que l'activité contemplative comme rapport au monde...

Notes :

[1] P. Viveret, Reconsidérer la richesse, p. 96

[2] S. Latouche, L?invention de l?économie, Albin Michel, 2005, p.8.

[3] Ibid., p. 12.

[4] Ibid., p. 13.

[5] Ibid. p. 16.

[6] Ibid. p. 16.

[7] Ibid., p. 18.

[8] Raoul Vaneigem, Eloge de la paresse affinée, p.3 de cette brochure

[9] Ibid., p. 17.

[10] Cf. Michel Henry, Marx, tome 2, Tel, Gallimard, 1976, chapitre du même nom, p. 138. Michel Henry est le fondateur de la phénoménologie matéielle. Pour lui « les marxismes sont l?ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx ». On peut retrouver une analyse des deux tomes de son Marx, ici http://www.michelhenry.com/marx.htm

[11] S. Latouche, ibid., p. 13.

[12] S.Latouche, Ibid., p. 26.

[13] M. Henry, ibid., p. 190.

[14] S. Latouche, Ibid., p. 228.

[15] M. Henry, ibid., p. 465.

[16] Charles Marx, Grundrisse, II, p. 222. Sur Charles Marx comme père de la décroissance, on peut lire l?intéressant article de Denis Baba, dans le journal La Décroissance, n°33, p. 10

[17] M. Henry, ibid., p. 465.

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