Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.

Publicité

Le Point sur aix

A lire dans Le point du 5 octobre 2006.

Comment éviter la surchauffe

Bouchons, pollution, marché de l'immobilier tendu... Le succès d'Aix ne va pas sans quelques revers.

 

 

Pas de doute, Aix et sa région ont le vent en poupe. Les bonnes nouvelles pleuvent. Après la venue tant espérée d'Iter à Cadarache et la participation de l'agglomération à six pôles de compétitivité économique, dont un de dimension mondiale, l'exposition « Cézanne en Provence » a fait le plein, attirant 440 000 visiteurs en 101 jours. A la Communauté du pays d'Aix (CPA), on se frotte les mains. Aix-en-Provence a encore fait la preuve de son pouvoir de séduction. Mais si la belle machine se grippait ? « Aix, c'est un colosse aux pieds d'argile », critique Cyril Di Méo, élu Vert au conseil municipal.  Ici chacun en convient, alliés comme adversaires de Maryse Joissains, maire d'Aix et présidente de la CPA : après avoir triplé sa population depuis 1962, l'agglomération craque aux entournures. « Nous atteignons notre capacité maximale de développement », reconnaît Maryse Joissains. Et les prix de l'immobilier flambent. Selon le classement 2005 des villes où il fait bon vivre du Point, Aix arrive en troisième position des villes de province les plus chères, juste derrière Cannes et Antibes, avec un prix au mètre carré dans l'ancien de 2 932 euros. Une situation intenable à court terme, pour plusieurs raisons. D'abord, les moins aisés de ses habitants la fuient pour aller chercher refuge toujours plus loin. Conséquence : les trajets en voiture se multiplient (+ 4 % par an depuis 2000 sur la nationale 296, qui mène à Sisteron), provoquant toujours plus de bouchons et de pollution. Un phénomène qui modifie aussi la sociologie de la ville. « On assiste à une "gentrification" d'Aix, remarque Cyril Di Méo. Dès qu'ils ont un ou deux enfants, les jeunes couples s'en vont. » D'ailleurs, cette année, les services municipaux ont remarqué que les classes primaires perdaient des élèves. Plutôt curieux pour une ville qui séduit tant...

De même, la surchauffe des loyers frappe les étudiants, sur lesquels mise tant Aix pour vanter son dynamisme. Selon le Crous, environ la moitié des 41 000 jeunes inscrits dans le supérieur rencontrent des difficultés pour se loger. « Si on continue comme ça, Aix risque de perdre des étudiants, confie Vincent Labouret, directeur du Crous d'Aix-Marseille. Or de nombreux emplois locaux sont induits par les universités, notamment auprès des entreprises. » Des entreprises qui, elles aussi, subissent la flambée des prix. « La situation peut nuire à la compétitivité et à l'attractivité de notre territoire », avertit-on à la CPA. En clair, si l'offre de logements reste aussi maigre, les entreprises pourraient se détourner d'Aix faute de pouvoir attirer des cadres.

Et pourtant ! Dans la région, il y a de la place. L'agglomération, qui s'étale sur 1 300 kilomètres carrés, n'est-elle pas l'une des plus vastes de France et l'une des moins denses ? Dotée de la même superficie, l'agglomération grenobloise est ainsi cinq fois plus peuplée que la CPA, qui ne compte que 256 habitants au kilomètre carré. Mais le chiffre est trompeur. En réalité, ici, les habitations sont tassées sur de petits périmètres, laissant inoccupées d'immenses parcelles quasi inconstructibles. Figée depuis des décennies, cette situation typiquement provençale devrait bientôt évoluer. La loi solidarité renouvellement urbain (SRU) de 2000 oblige en effet les communes à revoir la destination de toutes leurs parcelles en décidant lesquelles seront constructibles, lesquelles seront protégées.

Las ! Six ans après l'entrée en vigueur de la loi, rien n'a bougé. A Aix, en particulier, le dossier est toujours dans les cartons. « Il n'avance pas, pour ne pas insulter l'avenir. La mairie ne veut se fâcher avec personne ! » raille Michel Pezet, candidat socialiste déclaré à la mairie d'Aix. «Faux !» rétorque Maryse Joissains. Selon le maire, seule la complexité du dossier explique son retard. Le plan local d'urbanisme (PLU) d'Aix, qui établira les règles du jeu de l'urbanisation, devrait ainsi entrer en vigueur après les municipales. En attendant, toutes les transactions sont gelées. « Les propriétaires de terrains tremblent et exercent sur nos services des pressions terribles pour rendre leurs terrains constructibles », témoigne-t-on à la mairie de Venelles. Preuve du blocage : en 2005, la commune n'a délivré que 11 permis de construire ; un an plus tôt, ce chiffre se montait à 70 !

Faute de PLU, la municipalité d'Aix révise son plan d'occupation des sols selon les besoins, pour rendre des morceaux de terrains urbanisables. Une stratégie qui n'est pas du goût de tous. « La mairie vend au coup par coup des terrains autour d'Aix, sans se rendre compte qu'elle construit une ville, comme à la Duranne. Or construire une ville demande une vision d'ensemble. Il faut programmer dès maintenant des crèches, des gymnases, des routes. Au lieu de ça, on bricole ! » dénonce François-Xavier de Peretti, opposant de Maryse Joissains (Union pour Aix).

Autre difficulté : la loi SRU incite les communes à densifier leur territoire en construisant, par exemple, de petits immeubles sur des superficies réduites afin d'éviter le gaspillage de terrains. Mais voilà : attachées à la qualité de vie, les communes de la CPA rechignent à jouer la densification. La mairie de Venelles, par exemple, vient de déclarer une large part de son territoire inconstructible et limite la hauteur des habitations à un étage. Pour densifier, on s'en remet plutôt aux promoteurs : afin de rentabiliser leurs investissements, ils s'obligent à construire sur des parcelles de plus en plus réduites...

A Aix, pourtant peu dense hors son hypercentre, Maryse Joissains ne l'entend pas non plus de cette oreille. « Pas question de suivre la loi dans ses errements. Je ne densifierai pas plus la ville, sauf le long des grands axes ! » assène le premier magistrat d'Aix. Elle regrette même la règle en vigueur dans la CPA, qui prévoit la construction en dix ans de 2 100 logements dans l'agglomération, dont 700 à Aix même : « Avec le recul, je trouve ce plan trop ambitieux. Mon souhait serait de limiter l'effort à 500 logements, mais sur douze ans. »

Car Maryse Joissains se méfie du pouvoir d'attraction d'Aix. A l'essor incontrôlé elle préfère le développement maîtrisé. « Quand je mets en place un programme de logements, je prévois aussi les infrastructures, comme les routes et les transports publics. Mais aujourd'hui je n'en ai pas les moyens. Or je refuse d'accueillir un habitant de plus qui ne puisse mettre son enfant dans une crèche ou sur un terrain de sport. » Madame le maire avance donc à pas comptés, notamment en faveur du logement social. Si la proportion est en conformité avec la loi, c'est-à-dire près de 20 % du total, la situation est tendue : selon la mairie, 3 600 demandes pour un logement social sont en souffrance dans la CPA, dont 2 300 à Aix. Pour résorber cette file d'attente, l'agglomération souhaite mettre au maximum 1 800 logements sur le marché - soit la moitié des besoins -, en étalant l'effort sur dix ans. La plupart des couches sociales devraient en profiter. C'est déjà le cas à la Grande Thumine, où 119 habitants sont logés en habitation à loyer social et intermédiaire. Une opération réalisée grâce à un dispositif original : afin de compenser la flambée immobilière, la CPA a payé au bailleur social le surcoût du terrain.

Maryse Joissains n'est toutefois pas prête à tous les sacrifices : « Je veux bien partager la solidarité, mais je n'ai pas vocation à attirer toute la misère du monde. Je ne construirai donc pas pour tous. Je veux dissuader ceux qui n'ont pas de travail de venir s'installer ici ! » Un discours iconoclaste qui fait bondir ses opposants. « Faudra-t-il creuser des douves autour d'Aix pour empêcher les indigents d'entrer ? » ironise François-Xavier de Peretti. « Le discours de Maryse Joissains, c'est de dire aux Aixois : "Restons entre nous." C'est un discours végétatif, qui ne reflète pas la vocation d'Aix », dénonce Michel Pezet.

Réseau routier saturé. La thrombose qui gagne les routes est un autre revers du succès aixois. « Le réseau routier a atteint son seuil de saturation », note Jean-Pierre Saez, maire de Venelles et vice-président de la CPA, chargé de l'écologie urbaine. Une remarque qui vaut avant tout pour la ville. « Trois cent mille véhicules entrent et sortent chaque jour à Aix. Pis encore, certains véhicules sont obligés de passer en ville quand ils veulent aller d'une autoroute à une autre, à cause du manque d'échangeurs », regrette Alexandre Gallèse, adjoint au maire d'Aix, délégué à la circulation. Un flot qui encombre les rues et, par ricochet, les... poumons. Un capteur placé près du boulevard du Roi-René par Airmaraix, l'association locale de surveillance de l'air, a révélé des valeurs en dioxyde d'azote (le polluant des voitures) proches des seuils limites. Rien de très inquiétant pour une grande ville, certes. Mais Airmaraix note que la baisse de la pollution, liée à l'amélioration des carburants et du parc automobile, a tendance à se ralentir depuis cinq ans à Aix.

La ville a pourtant fait des efforts. En multipliant les parkings de façon concentrique autour du coeur d'Aix (300 places au Krypton, 1 500 futures places sous la Rotonde, etc.), la mairie veut bouter la voiture hors du centre-ville. Une stratégie peu appréciée par ses opposants écologistes, qui l'accusent d'installer des « aspirateurs à voitures à quelques mètres du centre historique ». En parallèle, la municipalité a aussi donné un coup de pouce aux transports en commun. Les bus bénéficient désormais d'une voie à peu près protégée sur le boulevard Solari et sur le « périphérique » aixois (boulevard Jean-Jaurès, cours Sextius, etc.). Selon Jean Chorro, vice-président de l'agglomération, chargé des transports, les bus ont gagné en moyenne un quart d'heure sur un tour de périphérique grâce à cette voie.

En revanche, le vélo a bien de la peine à décongestionner le centre-ville. « Une seule piste avenue Jean-Paul-Coste et avenue de l'Europe, c'est maigre », observe le Vert Cyril Di Méo. Un espoir pour les fanas de la petite reine, cependant : la ville a signé en juillet un contrat avec la société Decaux pour mettre en place un système de location à bas prix (Vélo'V), sur le modèle à succès de Lyon. Certes, avec seulement 200 vélos prévus, soit un pour 700 Aixois, on est loin du ratio lyonnais (un vélo pour 325 habitants du Grand Lyon). Mais on peut espérer un effort supplémentaire dans les prochaines années, comme cela a été fait à Lyon.

Autre chantier de la CPA : les liaisons intercommunales en autocar. En cinq ans, le nombre de lignes est passé de 9 à 23. « Leur fréquentation a augmenté de 51 %, ce qui signifie 15 000 véhicules de moins chaque jour sur les routes de l'agglomération », assure Jean Chorro, qui travaille désormais sur l'amélioration des jonctions avec les territoires voisins, comme Salon-de-Provence. En revanche, le dossier du rail n'avance guère. « Le réseau est sous-utilisé. Il est pourtant très dense », reconnaît Jean Chorro. Les liaisons avec Marseille, très lentes car utilisant une seule voie, font un flop : seuls 1 500 passagers l'utilisent chaque jour, alors qu'ils sont dix fois plus à travailler à Marseille. Un début de doublement de la ligne est en cours à partir de la cité phocéenne. Objectif : améliorer la cadence des trains (trois par heure) à partir de 2008.

Parallèlement, Réseau Ferré de France a lancé une étude pour augmenter la capacité de la ligne entre Aix et Manosque, voire jusqu'à Gap. « Le préfet a donné son accord », confie Maryse Joissains. De son côté, la CPA souhaiterait que la gare TGV de l'Arbois soit reliée avec celle du centre d'Aix. Mais le lancement de ces projets est soumis au même impératif : trouver des fonds... Or, pour les opposants, il y a urgence. « Les transports, c'est le problème numéro un des Aixois », argumente Michel Pezet. A défaut de le résoudre, certains craignent un dépérissement d'Aix. « On risque de perdre nos chasses gardées, c'est-à-dire les étudiants, la culture ou le tourisme, observe François-Xavier de Peretti. Marseille, à l'inverse, a désormais la capacité de revendiquer ces vocations traditionnelles. On risque de se faire dépecer. » Aix et sa région sauront-elles faire face à la métropole marseillaise, qui, elle aussi, a désormais le vent en poupe ?

 

Michel Revol

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article