De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
On trouve la conception de la bio économie défendue par des associations comme Planet Drum Fondation animée par Peter Berg partisan du bio-régionalisme,[1] proche de Edward Goldsmith[2] et Arne Naess. Cette association défend des systèmes économiques fondés sur des « ensembles naturels homogènes ». L’autarcie devient une défense de l’autochtonie qui naturalise les cultures. Cette biologisation ou naturalisation des cultures est flagrante chez Edward Goldsmith[3] lorsqu’il dit : « Les systèmes et processus vivants, à tous les échelons de la hiérarchie gaïenne ont nécessairement une structure spécifique - celle qui est compatible avec l'accomplissement de leurs fonctions homéotéliques. […] Les caractères essentiels de la communauté humaine sont eux aussi spécifiques. Elle doit se composer de familles étendues et de groupements sociaux intermédiaires qui relient tous les individus entre eux en formant des unités de comportement social cohérentes qui, en fonction de la société à laquelle elles appartiennent, se différencieront par toutes sortes de caractères relativement superficiels, de manière à satisfaire aux exigences de leur milieu spécifique. » Les familles étendues sont présentées comme plus naturelles et adaptées à la nature que les familles nucléaires. La culture est alors assimilée à une contrainte naturelle, un donné biologique. « Toute structure culturelle témoigne aussi d'un ordre spécifique et ses caractéristiques ne peuvent être comprises qu'en décelant les fonctions qu'elles assument. La suppression de coutumes et d'institutions vernaculaires, sous prétexte qu'elles ne répondent pas à nos critères moraux, peut avoir des conséquences fatales pour la culture concernée - tout comme l'ablation d'un organe essentiel peut entraîner la mort de l'individu. »[4]. L’ordre social est alors complètement naturalisé, biologisé.
Des auteurs comme Vincent Cheynet, rédacteur de la Revue Casseurs de pub et apôtre de la décroissance, critiquent le commerce équitable car il accompagne la « déculturation de la production ». Vincent Cheynet prend alors un exemple : « Quand Michel va en Inde, il est heureux de trouver une culture différente de la sienne, enracinée dans son milieu. L'habillement fait partie intégrante de cette diversité des cultures et cette diversité culturelle fait la richesse de la Terre. Toute la production fait ainsi partie de la culture vivante des peuples. Azimuts, entreprise d'habillement issu du commerce équitable, importe en France des vêtements de style tropicaux. Imaginons la tête du Népalais qui, en arrivant à Paris, se trouve face à des personnes habillées en . . . habitant des tropiques. Gageons qu'il repart aussitôt, déçu. L'idéologie dominante mène au renoncement à sa propre culture. » La critique de l’économie et de l’échange se fait alors au nom de la défense de l’autochtonie, des identités locales. Ainsi par exemple pour Serge Latouche qui s’inspire d’Heidegger « l’occidentalisation est un déracinement planétaire ». L’occidentalisation qui est équivalente à une « américanisation » correspond à un processus d’uniformisation culturelle « sans racines », un désert, un vide ontologique. Une part de la critique de l’échange par les décroissants, s’inscrit alors dans une valorisation de l’autonomie, de l’autarcie. Avec des relents relativement nauséabonds de préférence locale ou nationale. La critique de la marchandisation s’inspire alors d’une critique de l’échange et des modifications culturelles qu’elle provoque.
Décidemment cette critique du capitalisme n'est pas la mienne.
[1] On lira avec intérêt l’éloge que la revue d'extreme droite Éléments fera de ce courant dans son numéro 100 de mars 2001, intitulé « Une réponse à la mondialisation, le localisme ». La revue Silence sur les ecocités fera aussi l’éloge de ce courant, Silence, n°327, février 2004, p 8.
[2] Edward Goldsmith qui publia le premier ouvrage bio-régionaliste « Réinhabiting California ».
[3] Edward Goldsmith, Le Tao de l’écologie, Editions du Rocher, 2002, 499 p.
[4] Ibid, p 211.