De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
. Il y a des moments où les sciences sociales ont quelques vertues. A méditer.
L'opinion publique n'existe pas.
La critique des sondages par P. Bourdieu ne porte pas sur leurs caractéristiques techniques mais sur les usages sociaux qui en sont fait. Loin d'enregistrer l'état de l'opinion, les sondages créent l'opinion car ils reposent sur trois postulats
- «toute enquête d'opinion suppose que tout le monde peut avoir une opinion »;
- « on suppose que toutes tes opinions se valent »;
-« dans le simple fait de poser la même question à tout le monde se trouve impliquée l'hypothèse qu'il y a un consensus sur les problèmes, autrement dit qu'il y a accord sur les questions qui méritent d'être posées ».
Tout le monde peut-il avoir une opinion ?
Pour P. Bourdieu tout le monde n'a pas une opinion sur tout et ce phénomène se traduit notamment par les pourcentages importants de non-réponses dans les sondages. G. Michelat et M. Simon montrent que les sans-réponses ne se répartissent pas au hasard. Leur fréquence varie principalement en fonction des caractéristiques des individus, mais aussi de celles des questions (forme et domaine concerné) et de l'interaction individus - questions. Certaines questions sont plus « faciles »ou «difficiles » pour tel groupe que pour tel autre). P. Bourdieu souligne que le taux des non-réponses est plus élevé d'une manière générale chez les femmes que chez les hommes, et que l'écart est d'autant plus fort que les problèmes posés sont d'ordre politique. Plus généralement, la probabilité d'exprimer une opinion dépend du niveau d'instruction et du degré d'engagement du sondé par rapport au domaine sur lequel il est interrogé: « autrement dit, la probabilité d'avoir une opinion sur toutes les questions supposant un savoir politique est assez comparable à la probabilité d'aller au musée. On observe des écarts fantastiques: là où tel étudiant engagé dans un mouvement gauchiste perçoit quinze divisions à gauches du PSU, pour un cadre moyen il n'y a rien » (P. Bourdieu).
Toutes les opinions se valent-elles ?
Pour P Bourdieu les questions posées dans une enquête d'opinion ne sont pas des questions que se posent réellement toutes les personnes interrogées. Les sondages imposent de fait les problèmes qui intéressent les détenteurs du pouvoir. Ceux ci entendent en effet être informés sur les moyens d'organiser leur action politique.
Y a-t-il consensus sur les questions posées ? Pour P. Bourdieu, l'enquête d'opinion traite l'opinion publique comme une simple somme d'opinions individuelles. Dans les situations réelles, la seule opinion qui compte est celle des groupes mobilisés (syndicats, groupes de pression, ...). Ainsi, l'opinion publique des sondages est « un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l'état d'opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu'il n'est rien de plus inadéquat pour représenter l'état de l'opinion qu'un pourcentage ». Les sondages n'ont ainsi qu'une fonction de légitimation des pouvoirs en place et «l'opinion publique n'existe pas », sous la forme en tout cas que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence.
Beitone, C. Dollo, J. Gervasoni, E. Le Masson, C. Rodrigues. Sciences Sociales. Sirey, 1997.