De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
Je viens de finir la lecture du n°37 de La décroissance. Le numéro est plutôt pas mal. V Cheynet fait prendre un tournant républicain à son journal...Mais ce qui m'a le plus intéressé c'est l'article de Paul Ariès.
Car Paul Ariès en plus d'écrire trois bouquins par an, a le temps d'écrire de longs papiers pour ce journal. Jolie performance pour quelqu'un qui est contre le travail et le culte de la vitesse.... ceci étant il écrit sur la "junkproduction" (production poubelle) dans son dernier bouquin sur le mésusage... ça doit aider. Mais bon revenons à nos moutons, là il descend en flèche Michel Onfray. Il l'épingle sur quelques dossiers écolos du type , Onfray est pour le nucléaire, les OGM, le capitalisme... je sais pas trop car j'ai pas lu toutes les prises de positions de Onfray sur ces sujets…(Je n’ai lu que La politique du Rebelle, Les cyniques, le ventre des philosophes son traité d'athéologie et quelques articles) Mais ça me parait légitime de souligner qu'il y a dans ce cas quelques contradictions avec son soutien à Bové... Mais c'est pas ce que j'ai trouvé le plus intéressant. Ce qui m'a le plus intéressé ce sont les raisons profondes de cette opposition aussi violente à Onfray. Je crois que c'est toujours la même chose et cela se résume dans cette phrase de l'accroche "Fou de vitesse, hédoniste, matérialiste, Michel Onfray est l'exact contraire philosophique de la décroissance". Que Paul Ariès critique le culte de la vitesse de Onfray je n'y vois pas trop de problèmes (mais ça m'a donné envie de lire Anatomies féériques. Corps faustiens de Onfray) mais là où ça coince c'est l'attaque en règle du "matérialisme" et de l'"hédonisme" de Onfray, positions jugées incompatibles avec la philosophie décroissante. Onfray ose écrire "l'idéalisme est affaire de gogos, le matérialisme affaire de philosophes". Ce qui ne plait pas à Ariès. Mais pas du tout.
Car selon Ariès "Tout adversaire [ de Onfray] devient un obscurantiste, un métaphysicien, un religieux en puissance. Or le nazisme comme le stalinisme ont prouvé que prétendre fonder une société sur la science débouche immanquablement sur une idéologie criminelle." Ariès nous ressort cette théorie Elluléenne, Heideggerienne ou Arendtienne (1er version dans les origines du totalitarisme thèse qu'elle abandonnera ensuite dans Eichmann à Jérusalem) selon laquelle c'est le scientisme et la science qui ont produit le nazisme et le stalinisme. Cette version dédouane les religions et cultes de l'irrationnel de tout influence dans la mise en place de ces systèmes ce qui est une bêtise monumentale et une façon de dénigrer la science assez fragile. Mais bon cette tarte à la crème est répandue dans le milieu décroissant.
Mais c'est surtout la libération des désirs prônée par Onfray qui gène Paul Ariès. Il écrit ainsi : "Sa dérive [ de Onfray] conduit à écraser le sujet humain et a conduit à une logique d'indifférenciation barbare confondant humain et animalité, vivants et morts, etc. Nous en vivons les premiers signes avec le culte des cyborgs si proche du "corps faustien" de Michel Onfray mais aussi avec le refus, tellement tendance, de la différenciation généralisée et sexuelle". Les transexuels et les homos apprécieront.... On dirait du Ellul dans le pire de ses textes. Cette libération des désirs moderne et cet "hédonisme" entraînent selon lui le culte de la toute puissance et donc le productivisme. Comme si hédonisme ou recherche du plaisir signifiait toute puissance. Plaisir contre décroissance ? La décroissance est bien une question morale ou métaphysique avant d'être une reflexion écologique.
D'ailleurs pour Ariès, Onfray "campe pourtant la figure de l'éternel révolté : cette posture est celle de l'adolescence, c'est à dire d'une société qui n'a pas fini avec le culte de la toute puissance et l'idée de monde sans limite". C'est assez surprenant comme propos de quelqu'un qui par ailleurs passe son temps à prôner la révolte... où accuse ses contradicteurs de psychiatriser les débats. En tout cas ça montre bien la profonde contradiction entre des discours de révolte décroissante de l'auteur et des postures conservatrices. Car en définitive cette récurrence de la thèse selon laquelle il faut remettre des limites au monde et à l'individu ... c'est une posture philosophique périlleuse ... car elle est productrice de conservatisme. La décroissance en voulant sortir de l'utilitarisme et en rejettant le progrès comme dépassement des limites de l'individu....en arrive à des postures philosophiques non tenables.....