De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
C’est avec beaucoup de plaisir que je découvre la citation de l’un de mes propos sur le site aixditnonauTCE.
Mon propos est mis à côté de celui de Obi-Wan Kenobi, Olivier Duhamel, François Bayrou, Pascal Lamy, Tony Blair, Jacques Barrot, Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin et Alain Madelin. Quel honneur d’être en si bonne compagnie ! Je suis un peu déçu cependant il manque Nicolas Sarkozy.
Mais que veut dire ma déclaration et cette mise à l’index de mon propos.
Je vous propose une petite lecture commune de ce chant (que les partisans du collectif pour le non chantaient le soir de la victoire). Chant que j’ai pu entendre, ainsi que quelques quolibets à mon encontre de certains militants communistes. Mais bon il paraît qu’on est tous amis à " gauche ".
Voici donc ce beau texte de lutte. Et mes commentaires.
C'est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L'Internationale
Sera le genre humain.
Jusque là pas de problème, je suis d’accord. Mais je continue à ne pas voir en quoi il était internationaliste de faire un vote qui bloque l’entrée de la Turquie en Europe, un vote contre les Lituaniens (voir les propos ignobles de Mélenchon) . Le tout avec Villiers et Le Pen (si je suis mis avec tous les libéraux qui ont voté oui je vois pas pourquoi on devrait trier dans ceux qui ont dit non ?) Evidemment que certains votes pour le non étaient internationalistes, mais j’en ai pas vu beaucoup. Je pensais que le seul moyen de faire vivre un monde internationalement plus juste est de construire une Europe fédérale. Là était sûrement le désaccord comment arriver à un monde internationalement plus juste. Moi je trouvais ça pas mal que la France soit contrainte à une coordination en terme de politique étrangère, contre la politique françafricaine, on aurait sûrement eu quelques leçons à prendre (voir les Belges).
Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère,
C'est l'éruption de la fin.
Groupons-nous, et demain,
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base
Nous ne sommes rien, soyons tout !
" Du passé faisons table rase ". J’y crois pas vraiment. Après avoir lu un super bouquin de Tobie Nathan sur la vie en communauté et sur l’application de cette idée. Il y décrit les pathologies généralisées dans ces systèmes. Je suis moyennement convaincu. Ma visite, il y a deux ans, des montagnes de cranes du génocide khmer rouge au Cambodge m’a aussi rendu l’idée de " table rase " assez désagréable. " Soyons tout ", toute puissance quand tu nous tiens… ". C’est l’éruption de la fin " Si seulement. Et après certains gueulent contre Fukuyama et les libéraux qui croient à la fin de l’histoire, alors qu’ils ont tout piqué aux marxistes ! ! Comprendra qui pourra. Et puis c’est jamais la fin. Là j’avoue que ma lecture des philosophes tragiques Rosset et Nietzsche m’a vacciné contre ce mythe de fin de l’histoire et de progrès inéluctables. L’avenir radieux inéluctable qui fait que les détenteurs de la clé de l’histoire (les avants gardes éclairés) peuvent guider les autres….pour moi non merci. Même les marxistes un peu conséquents (je pense à Daniel Bensaid) ont lu la philosophie tragique de Walter Benjamin et savent la fragilité du devenir historique…et soubassement religieux d’une telle vision de fin de l’histoire.
Il n’est pas de sauveur suprême
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes
Décrétons le salut commun.
Tout à fait d’accord pour le ni dieu ni César ni tribun. Quoi que ça fasse bien rire quand on voit l’histoire du mouvement communiste ou trotskyste qui n’ont cessé d’entretenir le culte du chef. Là où c’est un peu plus gênant c’est " producteur sauvons nous nous même ". C’est une vision complètement tronquée de la société. Où sont les consommateurs, les colonisés, où sont les minorités femmes, homosexuels qui font aussi l’histoire. Qui veulent aussi une autre histoire ? Il y a quelques semaines les représentants du collectif des indigènes pour la république expliquaient que la CGT leur avaient retiré une salle pour leurs Etats généraux. Il faut pas diviser à gauche avec des sujets aussi secondaires. Ben voyons…Et c’est au nom de cette défense des travailleurs que les pleins pouvoirs ont été voté pour mater la révolte algérienne. Et pour les femmes… même Léon Blum en 1936 n’a pas donné le droit de vote aux femmes (il y a pris quelques unes dans son gouvernement cependant) car son aile la plus à gauche était contre….Il faut pas mener des combats bourgeois, seuls les producteurs sont au cœur de l’histoire…Ben voyons.
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l'esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud
A bas les voleurs. Ces vrais que ces gens là…quand même. On dirait du Sarkozy. Et puis pour finir le couplet, " battons le fer tant qu’il est chaud " vive la violence salvatrice.
L'État comprime et la loi triche
L'impôt saigne le malheureux
Nul devoir ne s'impose aux riches
Le droit du pauvre est un mot creux.
C'est assez languir en tutelle,
L'Égalité veut d'autres lois
"Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Egaux, pas de devoirs sans droits
A bas les impôts, à bas l’Etat, à bas la loi. J’ai un peu du mal avec ça. Je trouve que la loi a plutôt tendance à protéger le faible. Et ceux qui s’accommodent d’une société sans loi, sans Etat sont souvent les plus forts….Mais bon c’est sûrement bourgeois, social démocrate ou libéral de penser ça. Heureusement que le couplet fini mieux
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu'il a créé s'est fondu.
En décrétant qu'on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.
Lutte contre l’exploitation on est d’accord.
Les rois nous soûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l'air et rompons les rangs
S'ils s'obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Tous sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.
La religion une fumée qui aliène et oppresse. J’en suis un peu revenu. Malgré mon laïcisme et mon anticléricalisme, le débat sur le foulard m’a amené à penser qu’il peut y avoir dans l’anti religion un profond racisme. Je suis d’accord sur la lutte contre les tyrans et le reste. " Paix entre nous " tout à fait. " Crosse en l’air ", là ça pose plus de problèmes. Le pacifisme j’y crois moyennement. C’est certain qu’il faut lutter contre la militarisation du monde, mais faut il pour autant se passer des armées ?Hitler en 33 et Franco en 36 ça devrait faire réfléchir….mais c’est du passé quand les humains étaient encore sauvages sûrement…. Alors prenons des cas plus récents ; le Kosovo et le Rwanda. Le pacifisme, depuis le Kosovo et le Rwanda je n’y crois plus. Quand il faut intervenir au Kosovo pour éviter que les femmes bosniaques se fassent violer par les milices serbes, le pacifisme revient à se faire complice des massacres. Mais bon visiblement Srebreniça n’empêche pas certains de dormir. Moi c’est un moment déterminant dans mon engagement politique, mais c’est sûrement du sentimentalisme bourgeois.
Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs
La terre n'appartient qu'aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Vive le travail, vive le productivisme. A bas les 35 heures qui créent des fainéants. Et puis le terre la nature n’appartiennent qu’aux hommes qui la soumettent, la détruisent. La mer d’Aral en est un bel exemple. Peut on être écologiste et chanter l’Internationale ? Voilà un bon sujet pour le prochain bac de philo. Quand je vois les marxistes (par charité je donne pas de noms) qui défendent le nucléaire, l’agriculture intensive, les OGM…je me dis que la faucille et le marteau chez certains ils servent pas souvent à couper des champs d’OGM. Dans les années 80 un ouvrage d’André Gorz a clairement démystifié ce mythe du prolétariat comme moteur historique. Adieux au prolétariat…Il n’y renonce pas à la lutte contre les inégalités, il y explique en quoi les inégalités ne sont pas qu’autour du travail. Il montre l’aliénation présente dans ce modèle du travailleur et cette défense du salariat.. qui ne se pose pas la question de la finalité de la production.
Combien de nos chairs se repaissent
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins, disparaissent,
Le soleil brillera toujours
J’aime beaucoup l’image des vautours qui se repaissent de nos chairs. C’est ce qui m’a toujours marqué dans l’exploitation , c’est le " travail " sur le corps que fait peser l’exploitation. La fin est plus problématique. L’avenir est radieux mais le chemin sinueux, comme disait Mao Tsé toung. Tout est la faute des méchants capitalistes, sans eux le monde serait beau, juste, merveilleux….un paradis sur terre quoi. Moi j’y crois pas trop à ça. Et je dis pas ça parce que je me rappelle les comportements de certains se proclamant révolutionnaires...on se dit que les vautours il y en a un peu partout. Pour faire plus sérieux on pourrait dire que Foucault nous apprend que la domination n’est pas un bloc monolithique, des méchants contre les gentils…
C'est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L' Internationale
Sera le genre humain.
En fait le refrain est pas mal. Mais le sens des couplets est complètement archaïque. Non décidément ce chant n’est pas le mien. Et oui il faut une gauche moderne, qui ne prenne pas la nature pour un objet, qui considère que les luttes féministes et homosexuelles ne sont pas des combats bourgeois. Une gauche qui ne serait ni productiviste ni centrée sur la valeur du travail. Une gauche fragile ni messianique ni révolutionnaire. Une gauche qui ne colonise pas et ne commette pas de génocides. J’ai l’espérance que cela existe.
Aussi promis la prochaine fois je vote non……au prochain référendum européen où il faudra choisir l’Internationale comme chant européen et comme étendard des luttes pour les combats du XXIème siècle, je vote non….