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De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.

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Quelques réponses à des mels reçus suite à l'article dans Politis.

Les mels reçus étant privé je ne peux pas les mettre sur ce blog. Je me permets quand même de répondre à quelques propos parmi les nombreux mels reçus. (Evidemment que ces propos n'engagent pas Jean Marie)

 1) La tribune serait une défense forcenée de l'Etat. Nombre de décroissants m'envoient des mels expliquant tous les méfaits de l'Etat. Je me permets d'abord de signaler que la question n’est pas celle de l’Etat d’ailleurs nombre de redistributions le sont dans le cadre du paritarisme c’est à dire de la cogestion syndicats de salariés et de patrons…mais celle de la socialisation de la richesse. En clair comment fait on de la solidarité pour les retraités, les malades dans une société sortie de l'économie et du monétaire ?  

2) La critique de l'Etat est facile. J'en partage une partie notamment sur son accaparemment par certaines castes (X, ENA..) L'Etat peut donc polluer et amener à la pollution. Certes mais c’est aussi au nom du refus de l’Etat que l’on pollue sans contrainte..dans d'autres endroits.  Là où certaines règles contraignantes contre la pollution existent c’est "parfois" grâce à l’Etat. L'anarchisme de certains décroissants est légitime même si je ne le partage pas. Mais  je pense que refuser l’Etat au moment où les multinationales le démantèle est dangereux. De plus des pays sans Etat Providence comme les Etats Unis, etc détruisent la planète….Alors tout faire porter à l'Etat est à mon avis assez peu pertinent.

3) Notre définition de la richesse est monétaire et donc fausse . Il faut donc sortir de la monnaie. J'ai bien lu, fut un temps, J Duboin, la grande relève et sa théorie distributiviste (seule reflexion sérieuse sur la disparition de la monnaie) ..mais je n'y crois pas . Je pense comme Aglietta et Orléan que la monnaie est présente dans tout ordre social. ( Même dans les camps de concentration Primo Levi décrit des formes de quasi monnaie.) Les travaux de Jerome Blanc en anthropologie économique sont super interessants sur ces sujets. La monnaie est un outil de canalisation de la violence et de pacification sociale. Il ne faut pas confondre monnaie et forme capitaliste de la monnaie. La conception anti monétaire réduisant la monnaie à une simple fonction capitaliste et utilitaire est la version la plus libérale qui soit.  

4) D'après certains il faut critiquer l'Etat Providence car c'est de l'occidentalisme. Sur le caractère limité du périmètre de l’Etat Providence je rejoins son caractère limité géographiquement .. mais c’est pas l’Etat Providence que je défends c’est une socialisation collective des richesses. Et pour cela il faut une forme monétaire pour faire circuler à grande échelle les biens. Je ne crois pas qu’avec l'augmentation de l’espérance de vie, la demande de soin croissante on puisse passer par d’autres solidarité pour assurer la fin de vie ou la santé… Relisant Ellul récemment dans les nouveaux possédés il reprend cette thèse décroissante il y a solidarité anonyme et "étatique" quand toutes les formes familiales ou communautaires ont explosés..et il le regrette. Comment font ceux qui sont sans famille ? Paul ariès le dit avec une certaine honneteté dans le dernier numéro de la decroissance il n'a pas été très suivi par les décroissants dans sa lutte contre le CPE.

 5) Certains nous accusent dans l'article de substantialiser l'économie. Je suis au regret de dire qu'ils ont compris l'inverse du propos. L'idée est de dire que toutes les sociétés ont des système de création, de circulation, de redistribution et d'échange de richesse. Mais ces formes sont historiquement et culturellement différentes selon l'époque et le lieu. Et toutes les sociétés ont des définitions différentes de  ce qu'elle estime être une  richesse. Il est clair qu'une société sans système économique n'existe pas... Même les ordres religieux que certains decroissants qui m'écrivent semblent concevoir comme des systèmesa-économiques sont basés sur des créations de richesse, une hiérarchie dans sa répartition et des formes de circulation particulière. C'est comme les liens sociaux ou politiques toutes les sociétés sont organisées par ces types de relation qui prennent des formes historiques diffèrentes. L'économie peut prendre d'autres formes que le capitalisme..

6) L'article défendrait une vision monolithique de l'économie. Il n'y a rien de tel dans le texte...Et on considère justement qu'il y a au sein de l'économie des courants hétérodoxes...qui justifient que l'on ne confonde pas science économique et libéralisme. C'est justement cette vision Latouchienne de l'économie réduite à sa seule composante libérale que nous critiquons. L'idée est justement de ne pas abandonner la critique économique du capitalisme au profit d'une critique esthétique..Ce terme d'économisme entretient donc une confusion dangereuse entre système economique et analyse économique...

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C
Pour répondre à Cyril et à sa vision transhistorique (substancialiste) de l'économie :<br /> <br /> La SORTIE DE L'ECONOMIE c'est quoi ? Charles Marx et le crépuscule de l'économie expliqués aux enfants... <br /> <br /> Patrick Viveret pose une question fondamentale à mon sens, et sur laquelle j’aimerais rebondir pour commencer : « Pourquoi ne pourrions-nous pas émettre l’hypothèse que les crises dites économiques que nous vivons sont en fait des crises culturelles liées à la sortie de l’économique ? » [1]. Très vaste question qui montre l’ampleur de la déconstruction à mettre en œuvre. Explicitation...<br /> <br /> L’Economie est un paradigme, c’est un ensemble de valeurs qui mis en relation forment un système. Ainsi quand j’utilise le mot « économie », je l’utilise au sens de S. Latouche, c’est-à-dire comme système ou ensemble auto-référentiel de représentations [2]. « L’histoire de la pensée économique est surtout l’histoire de la construction de l’économique comme pratique et comme pensée, autrement dit la construction de l’économie et de l’économie politique » [3]. Si donc on se place dans cette acception du terme « économie », « d’emblée l’économie fait problème, elle n’est pas là comme ça, naturellement, que ce soit comme domaine ou comme logique de comportement, autrement dit, il n’y a pas de substance ou d’essence de l’économie » [4], et donc l’économie n’existe pas de tout temps et en tout lieu. « Les opérations économiques de production, consommation, épargne, investissement, achats, ventes, etc., ne sont ni naturelles, ni universelles, ni éternelles, ni rationnelles (en elles-mêmes) » [5]. C’est-à-dire, pour expliciter que l’économie n’est pas une substance transhistorique, « la réflexion économique selon notre approche, ne se développe pas à un moment historique sur une pratique transhistorique (autrement dit naturelle), elle surgit dans le prolongement de l’émergence d’une pratique qui prend et constitue un sens économique progressivement à travers une théorie qu’elle contribue à supporter et susciter. Chacun des niveaux a besoin de l’autre pour s’y fonder » [6]. Serge Latouche donne alors une estimation de datation de cette invention de l’économie, qui bien sûr n’est là que pour donner un ordre d’idée, une fourchette vague : « entre 1671-1871 » [7].<br /> <br /> Il n’y a donc pas transhistoricité mais historicité de l’économie et de la vie saisit comme « vie économique ». La mise en économie du monde, c’est-à-dire l’invention de l’économie, l’ « économicisation du monde », consiste en « une alchimie transformant en un savoir de plomb l’or de la richesse existentielle » [8] : C’est-à-dire que « les opérations que nous considérons comme économiques, d’évidence, ne peuvent apparaître qu’avec l’existence et donc la production antérieure d’un discours et de concepts qui nous les donnent à voir comme économiques » [9]. C’est là, dans cette visée de la conscience qui dans son intentionnalité saisit son objet comme « économique » en tant que tel et de façon séparé, la « genèse transcendantale de l’économie » comme dit Michel Henry [10], c’est-à-dire l’auto-institution d’une croyance dans l’évidence d’une réalité économique. Il n’y a donc pas en soi (selon cette thèse) de « réalité économique » : c’est une construction de l’imaginaire qui affirme que telle et telle opération (se nourrir, se loger, dormir...) est « économique » et le constitue comme tel. Il faut donc (affirme cette thèse) sortir de cet imaginaire économiciste : « l’erreur de la plupart des commentateurs de Marx a été de faire de l’économie la réalité alors que Marx n’a cessé d’affirmer que celle-ci n’était qu’une abstraction » (M. Henry). Disons donc que l’économie apparaît quelque-part entre le XVII et le XIXe siècle. C’est là la date de « l’autonomisation de l’économique », c’est-à-dire de la formalisation de la séparation d’avec la vie concrète, d’un objet désormais qualifié d’ « économique », et de sa mise en représentation dont l’irréalité détermine désormais ce qu’est la « réalité » perçue dès lors elle aussi comme économique. Le bluff du discours économiciste qui fonde l’économie comme système de la valeur objective, est alors l’affirmation de « la vie économique comme réalité et l’économie politique comme savoir de cette ‘‘ réalité ’’ » [11]. La croyance que la réalité est une réalité économique qui existe de tout tant et en tout lieu, est alors le résultat de ce processus historique.<br /> <br /> Qu’avons nous avant « l’invention de l’économie », c’est-à-dire ce vaste discours qui identifie, sépare et classifie la réalité en de jolis bocaux déposés sur des étagères ? Avant l’invention de cette sphère de représentations économiques qui norme, mesure, biffe et dissèque, c’est à dire avant la « vie économique », il y a la vie tout court... La vie des individus sans la médiation de la représentativité, la vie tels qu’ils l’éprouvent et la vivent immédiatement, c’est-à-dire non pas le procès économique, mais le procès réel. C’est-à-dire que « le fondement méta-économique de l’économie est la réalité réelle de la praxis concrète et vivante » (M. Henry). Bien entendu « les usages fondamentaux [dormir, se nourrir, se loger, se protéger...] sont éternels et universels, mais leur qualification comme économiques repose sur une construction imaginaire datée » [12]. Avant la saisie de ces opérations (se nourrir, dormir, se protéger...) comme autant de « réalités économiques » identifiées comme telle, ces opérations ne sont l’objet d’aucune médiation, que celle-ci soit la valeur d’échange ou tout type de représentativité (argent, salaire...). Ces différentes opérations sont « enchâssées » dans la vie individuelle et la vie sociale et symbolique, dans la joie de vivre et d’être encore en vie. Elles sont vécues sans distance possible entre elles et la conscience, dans l’immédiateté d’un éternel présent vivant, ici et maintenant (hic et nunc). C’est-à-dire que ces opérations et la praxis ne font qu’un. Le procès réel de production est une activité de la vie, issue de son besoin et visant à rendre toute chose homogène à celui-ci. Ce procès réel de production existe depuis l’origine des histoires des individus vivants, il est le fondement méta-économique de l’économie (le système de la valeur), et donc du système de la valeur en elle-même et pour elle-même (la plus-value) : le capitalisme. « Mais si le procès réel de production est présent au sein du capitalisme, celui-ci ne se réduit nullement à celui-là, il en diffère plutôt, et cela de manière essentielle, en tant qu’il superpose à ce premier procès tout autre chose, un procès économique. Le procès réel produit des objets réels, des valeurs d’usage. Le procès économique produit des valeurs d’échange, il produit la valeur en tant que telle et pour elle-même » [13].<br /> <br /> Ce procès réel de la valeur subjective de la praxis est aujourd’hui nié et plongé dans l’obscurité de l’arrière-cour de l’Economie de croissance ou de décroissance. Mais il est là présent à chaque bouffée de vie, dans l’éthique, l’esthétique, les affinités, l’empathie et la sympathie (Max Scheler, Nature et formes de la sympathie), les amours, la « connaissance ordinaire » (M. Maffesoli), la « socialité primaire » (A. Caillé), la « common decency » (G. Orwell) et la joie malgré la tyrannie de la réalité économique, d’être toujours en vie. La puissance instituante de l’auto-accroissement de la vie auto-affective qui déborde d’elle-même dans un « voir plus » ou un « se sentir plus » vivre, est ce qui, malgré l’intégrisme de l’objectivisme économique ou encore la spectralité (Marx) et la spectacularité (Debord) de nos existences réduites à une sur-vie éternisée, fait que Nous Désirons encore et toujours sans fin.<br /> <br /> Le « crépuscule de l’économie » (titre du dernier chapitre de l’ouvrage de S. Latouche cité), c’est-à-dire le renversement de l’idole et de la tyrannie de la « réalité économique », nous ouvre alors les portes et la ligne d’horizon du « monde de l’après-économie, de l’après-développement, une authentique postmodernité » [14]. C’est-à-dire que « l’histoire qui fait - qui fera - suite à l’économie marchande, n’en sera pas moins l’histoire des individus, l’histoire de leur vie : en un sens, c’est ce qu’elle sera pour la première fois » [15]. C’est-à-dire que l’après-économie sera ce que Marx appelle très clairement « le libre développement des individualités » [16], ou encore le « renversement du renversement » (Debord), et plus concrètement la substitution de la valeur subjective du procès réel à la théorie économiciste de la valeur objective du procès économique. Dans ce temps de l’après-économie, « l’activité individuelle, la vie, la praxis n’est point abolie, elle est rendue à elle-même. Elle n’est plus déterminée par la production matérielle - cela veut dire : elle ne se confond plus avec elle et, pour cette raison aussi, elle n’est plus doublée par un univers économique » [17]. En cela, l’objectivisme et plus généralement la représentativité doivent être à chaque instant l’objet d’un soupçon plutot que d’une évidence. L’extension du domaine de la lutte est aussi celle de l’extension de la sphère du soupçon (Marx, Freud, Nietzsche).<br /> <br /> Notes : <br /> <br /> [1] P. Viveret, Reconsidérer la richesse, p. 96<br /> <br /> [2] S. Latouche, L’invention de l’économie, Albin Michel, 2005, p.8.<br /> <br /> [3] Ibid., p. 12.<br /> <br /> [4] Ibid., p. 13.<br /> <br /> [5] Ibid. p. 16.<br /> <br /> [6] Ibid. p. 16.<br /> <br /> [7] Ibid., p. 18.<br /> <br /> [8] Raoul Vaneigem, Eloge de la paresse affinée, p.3 de cette brochure<br /> <br /> [9] Ibid., p. 17.<br /> <br /> [10] Cf. Michel Henry, Marx, tome 2, Tel, Gallimard, 1976, chapitre du même nom, p. 138. Michel Henry est le fondateur de la phénoménologie matéielle. Pour lui « les marxismes sont l’ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx ». On peut retrouver une analyse des deux tomes de son Marx, ici http://www.michelhenry.com/marx.htm<br /> <br /> [11] S. Latouche, ibid., p. 13.<br /> <br /> [12] S.Latouche, Ibid., p. 26.<br /> <br /> [13] M. Henry, ibid., p. 190.<br /> <br /> [14] S. Latouche, Ibid., p. 228.<br /> <br /> [15] M. Henry, ibid., p. 465.<br /> <br /> [16] Charles Marx, Grundrisse, II, p. 222. Sur Charles Marx comme père de la décroissance, on peut lire l’intéressant article de Denis Baba, dans le journal La Décroissance, n°33, p. 10<br /> <br /> [17] M. Henry, ibid., p. 465.<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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