De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
jeudi 3 septembre 2009, par
Certes, les objecteurs de croissance sont très avertis de la relativité de telles statistiques. Ainsi, ils admettent qu’avec 2 dollars par jour, on peut être à l’aise à Grand Yoff, banlieue de Dakar, tandis qu’avec 30 euros, on tire le diable par la queue à San Francisco. Mais ils savent aussi que, même en casquant plus de la moitié de 600 euros pour le loyer d’une turne sordide, nos enfants font encore partie du tiers privilégié de l’humanité que tentent désespérément de rejoindre tous les clandestins de la terre. La gauche social-démocrate, communiste, trotskiste et autre s’est engouffrée dans la trappe du compromis keynéso-fordiste, misant sur la croissance plus que sur le partage, sur le consumérisme plus que sur le communisme, sur la quantité de biens plus que sur la qualité des liens. « Ce n’est qu’au terme de cet immense travail de falsification médiatique et mémorielle, note Jean-Claude Michéa, que le projet d’une croissance illimitée dans un monde sans frontières a pu enfin devenir ce qu’il est à présent : l’ultime centre de gravité philosophique de tous les discours de la gauche et de l’extrême gauche post-mitterrandienne [1] . » Cornélius Castoriadis avait déjà dénoncé cette dérive flagrante du mouvement révolutionnaire qui supposait « qu’il n’y avait qu’à réaliser la maîtrise sur la nature pour rendre l’autonomie à l’homme […]. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un contrôle de ce désir de maîtrise, d’une auto-limitation. […] Nous avons besoin d’éliminer cette folie de l’expansion sans limite, nous avons besoin d’un idéal de vie frugale, d’une gestion de bon père de famille des ressources de la planète [2] ».
Et pourtant, nombre de Verts se sont fait piéger par le miroir aux alouettes du développement durable et de ses avatars, croissance verte, capitalisme écocompatible, new deal écologique. Finalement, ils se sont privés des moyens de dénoncer la relance et la politique du pouvoir d’achat. Quant au programme d’une « décroissance sélective, équitable et solidaire », Dominique Voynet elle-même, tout en y adhérant, le trouvait inaudible, et l’un de ses porte-flingues déclarait : « Je ne me vois pas aller dire aux mecs de Peugeot mis au chômage : maintenant il va falloir être sobre dans votre vie quotidienne. »
dont parlait Ivan Illich n’est pas inabordable avec 600 euros par mois, la décroissance n’a jamais prêché la passivité et la résignation. Car la joie de vivre hors des chaînes du consumérisme est inconcevable sans amélioration de la qualité de la vie et sans lutte pour la justice. Résister à la pollution mentale et à la colonisation de l’imaginaire, c’est combattre les forces responsables de notre toxicodépendance. Dès aujourd’hui, le bonheur est concevable sur la voie d’une émancipation de l’asservissement consumériste, mais il ne peut se construire que dans la lutte pour un monde plus partagé demain.
[1] La Double Pensée. Retour sur la question libérale, Jean-Claude Michéa, Flammarion « Champs essais », 2008, p. 138.
[2] « Débat avec Legros », in Cornelius Castoriadis. Réinventer l’autonomie, Blaise Bachofen, Sion Elbaz, Nicolas Poirier éd., Éditions du Sandre, 2008. p. 282.