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De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.

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Les errements post modernes

 

J'avais déjà évoqué dans un post précédent comment lors d'une discussion avec un decroissant aixois j'avais eu la surprise d'entendre des arguments que l'on pourrait résumer ainsi ce sont les Lumières qui ont produit le nazisme et le communisme. C'est une soif de science de progrès de rationalité qui est la cause de ces horreurs... C'est vrai que c'est la thèse défendue par Arendt dans les origines du totalitarisme (mais plus dans Eichmann à Jérusalem) par Heidegger, par Georges Steiner dans Le chateau de barbe bleue, par Ernst junger ... voir par certains libéraux comme Isaac Berlin. Et des auteurs comme Charbonneau ou Ellul sont très prêts de cette analyse (le bouquin de Cerezuelle est lumineux sur le refus catégorique de l'objectivisme et des sciences sociales de Charbonneau)

Les quelques travaux d'historiens sur la terreur stalienne dont on dispose montrent bien que la classe était ontolgisée de manière irrationnelle comme une race chez les bolcheviks et que c'est pour cela qu'une grande part de la terreur s'est tenue. Il faut lire les propos de Dzerjinski responsable de la Tcheka

: « Qu'est-ce qu'un otage? C'est évidemment un représentant, en notre pouvoir, de la société ou de l'organisme qui nous combattent Mais il faut que celui-ci possède une valeur aux yeux de l'ennemi. Celui-ci ne donnera rien pour le premier instituteur venu, pour un garde forestier, un meunier ou un épicier, surtout s'il est juif. Alors, tchékas, attrapez des bourgeois, si possible avec leur famille! »

« la Tcheka ne lutte ni pour la justice ni contre tel ou tel individu. Nous sommes l'organe d'extermination de la bourgeoisie en tant que classe. Durant un interrogatoire, je ne me pose pas la question de savoir si tel ou tel a agi contre le pouvoir soviétique. Je me demande: a quelle classe cet individu appartient-il? Quelle est son éducation, sa profession? Et, seulement si c'est un travailleur, je me pose la question : a-t-il pu trahir sa classe ou agir contre nous? Enfin, éventuellement, je m'efforcerai d'amener l'accusé à reconnaître ses fautes - l'aveu couronnera alors la présomption par l'origine. »

cités par Nicolas Werth, L'histoire, n°158, septembre 1992

 

Mais plus ça va plus je pense que cette vision d'une origine scientifique des totalitarismes n'est pas tenable. Deux bouquins lus récemment me confirment dans cette analyse, le dernier livre de Zeev Sternhell Les anti Lumières où il décortique les errements intellectuels de Issac Berlin et Les origines de la peur de Corey Robin... Faire porter à la science et au rationalisme les totalitarismes n'est pas tenable. Ils montrent comment s'est en définitive opérée l'opération de mise en cause des Lumières  par les pensées romantiques, spiritualistes, réactionnaires (Spengler, Burke, De Maistre) même qui avaient engendrées ces horreurs... Car les travaux d'histoire politique montrent bien les généalogies ayant amené aux totalitarismes et à l'antisémitisme ne sont  pas nés de la science ..mais d'une haine savamment construite par des siècles d'irrationalité et de préjugés (souvent religieux d'ailleurs) et de vision politique "paranoïaque". Le nazisme est né dans la pensée de la révolution conservatrice (L Dupeux) pas dans les oeuvres de Hegell, Kant ou Cassirer...

Mais nous vivons à l'heure des errements post modernes... (quand Elisabeth Teissier peut soutenir une thèse de sociologie avec M Maffesoli et Serge Moscovici.. on touche le fond). Je pense qu'une critique de la rationalité instrumentale tout à fait légitime chez l'école de Francfort a en définitive basculé dans la défense de l'irrationalité.. car affirmer que la science est une croyance ..voire la pire des croyances... car la plus dévastatrice...c'est ne pas connaître la place des croyances dans les horreurs du XXème siècle.. et c'est oublier que la science est dans le registre de la réfutation rationelle ce qui n'exclu pas des pressions politiques occasionnelles (expl Pellerin et l'académie des sciences)..mais cela ne suffit pas à jeter le bébé avec l'eau du bain. Et puis la théorie des races de Gobineau reprise par le nazisme, les théories ésotériques de Hitler  ou les délires sur le Lyssenkisme ont été balayé par la science....montrant bien qu'ils n'étaient que des délires, des croyances se drapant dans la science...

Il faut rejeter l'ultrarelativisme post moderne... les forces luttant pour l'émancipation humaine n'ont rien à en attendre....et il ne faut pas faire porter aux Lumières les horreurs du nazisme et du communisme.

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C
« L’écologie est subversive, écrit Cornelius Castoriadis, car elle met en question l’imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central, selon lequel notre destin est d’augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l’impact catastrophique de la logique capitaliste sur l’environnement naturel et sur la vie des êtres humains. [...] L’idée que l’écologie serait réactionnaire, poursuit-il, repose soit une ignorance crasse des données de la question, soit sur des résidus de l’idéologie « progressiste » : élever le niveau de vie et... advienne que pourra ! » [1]<br /> <br /> Mais chez Greg Oxley, Jérôme Métellus, Cyril di Meo et Karel Vereycken, cette idée ne repose t-elle pas au fonds sur ces deux possibilités complémentaires dont parle Castoriadis ? Enquête au pays du conformisme progressiste...<br /> <br /> <br /> 1. L’argument religieux de la critique positiviste. <br /> <br /> ----------------<br /> <br /> M. Oxley a la gentillesse de mettre en garde « les gens qui prêtent une oreille favorable aux idées des « décroissants », [ils] devraient savoir où ils mettent les pieds, car la doctrine de la « décroissance » a une dimension philosophique qu’ils ne soupçonnent peut-être pas. » Jacques Ellul étant protestant, mais aussi anarcho-syndicaliste comme feint de l’ignorer le marxiste Oxley [2], et Ivan Illich étant catholique, ce qui se résume pour notre auteur à des « intégristes religieux », la décroissance serait donc dans son essence, une vile pensée religieuse donc attachée à cette vieille catégorie de « l’irrationnel ». Et M. Oxley nous invite alors à l’affrontement un peu désuet entre la raison et la foi, au combat positiviste de la lumière contre l’obscurité. Des problématiques dépassées sur lesquelles plus aucun de nos actuels philosophes n’oseraient s’aventurer tellement ce débat date de l’âge des dinosaures... [3]. Mais notre ami est un réactionnaire, il vit forcément en ruminant le sens de l’histoire intellectuelle passée.<br /> <br /> Dans ce principe cognitif nauséabond que Greg Oxley prétend mettre en évidence, la foi de nos deux « intégristes religieux » déterminerait leurs critiques de la modernité, et donc par là la fausseté de celles-ci. Cette réduction d’une critique à de la pensée religieuse, n’est-elle pas de la poudre à perlinpinpin pour tas d’ignorants ? Faut il mettre au bûcher comme en des temps plus sombres, les ouvrages de Freud parce qu’il a été un auteur qui est resté attaché à sa judéité ? C’est juste une invective sans fondement, qui révèle bien les raccourcis et autres procédés simplifiants et mutilants des marxistes fossilisés pour décrédibiliser tout ce qui ne va pas dans le sens de la science, du progrès et du productivisme, bref de leur fameux sens de l’histoire qui a quand même pas mal de plomb dans l’aile. Et ceci sans véritablement comprendre que si le sens de l’histoire est celui-ci, alors la question du sens sera bien inutile, car il n’y aura tout simplement, pas d’histoire du tout !<br /> <br /> Cyril di Meo reprend à son tour cette thématique simpliste de l’argument religieux, en montrant que puisque Edward Goldsmith lui semble promouvoir des formes de spiritualités écologistes, alors là aussi l’objection de croissance ne peut étendre son empire que sous les oriflammes de l’ « irrationnel ». Le simplisme n’est il pas encore une fois de mise ? L’on apprend alors que Pierre Rabhi continuerait « à vendre sa secte [sic !] » et « Teddy Goldsmith à fourger sa camelotte religieuse [re-sic !] ». Hormis que la rhétorique anti-secte est devenue le support de l’idéologie néo-libérale comme l’a très bien montré l’ethnologue Maurice Duval [4], la décroissance dans la bouche haineuse de notre auteur serait marquée par « son caractère décadentiste, spiritualiste.... », voire il l’assimile d’après l’interprétation qu’il a pu dégager des signes des dieux contenus dans les entrailles d’un poulet, au retour pur et simple - allons y tant qu’on y est !-... de la « barbarie » !<br /> <br /> Comme l’écrit très justement Denis Clerc, le rédacteur en chef du magazine Alternatives économiques, à propos de Ellul, Illich, René Passet et André Gorz, certaines « critiques de la croissance le sont moins pour des raisons matérielles que pour des raisons que l’on pourrait qualifier de « spirituelles » au sens le plus large du terme : ce n’est pas en accumulant des objets que l’homme se réalise » [5]. Mais Denis Clerc a raison de complexifier des vues trop simplistes et différencier « les moralistes, ou l’être prime sur l’avoir », des « catastrophistes » qui appellent à la décroissance non pour des raisons éthiques mais pour sauver l’humanité. Il classe alors dans cette seconde catégorie, F. Partant, S. Latouche, F. de Ravignan le continuateur de R. Dumont, J.-M. Harribey, G. Rist, F. Sabelli... Ceux-là sont porteurs d’un autre genre d’éthique « en déconstruction-reconstruction », plus proche de l’« éthique à longue responsabilité » dont parle Hans Jonas. Une éthique conduisant vers le principe d’une « responsabilité ontologique à l’égard de l’idée de l’homme » [6], et qui prenant à contre-pied la thèse de son maître Heidegger sur la « métaphysique de la subjectivité », parle y compris d’une responsabilité qui renoue avec une « responsabilité métaphysique » à laquelle on devrait reconnaître, selon Jonas, une vérité fondatrice. Les accents « spiritualistes » que pense pourfendre M. di Méo, sont en fait proches des courants philosophiques libertaires, où la vie immanente et auto-affective « ne vaut que tant que la monnaie est impuissante à en dire le prix » [7]. La critique que Marx fait à l’aliénation de la vie dans l’objectivation de la représentativité (en une valeur d’échange...), pose véritablement le fondement ontologique de l’économique dans une « métaphysique de la vie » (M. Henry), une métaphysique de la praxis. Cela les courants marxistes libertaires comme les situationnistes l’ont véritablement saisi, ils ont su s’écarter radicalement des interprétations holistes de Marx qui voient leur apothéose dans le structuralisme marxiste d’Althusser. Pour les libertaires, la condamnation de l’atrophie des potentialités subjectives de la vie dans son aliénation, prime stratégiquement sur la condamnation ou la réduction des inégalités sociales (voir le point de vue de Bernard Guibert un peu plus loin). Marx disait très justement qu’être radical, c’est aller jusqu’aux racines. Alors bien entendu qu’à travers l’interrogation sur l’agir humain à l’ère de la technique, l’écologisme radical « engage des choix éthiques et métaphysiques » comme le souligne A. Caillé [8], dans un face à face permanent avec l’aliénation de la vie mutileé. Les bien-pensants fossilisés dans leur culture militante d’un autre âge, n’ont qu’à se rendormir...<br /> <br /> <br /> -----------------<br /> <br /> <br /> 2. Une position mondialiste et la haine de l’économie relocalisée. <br /> <br /> Cette fois ci, M. Métellus ne veut pas y aller par quatre chemins : « La mondialisation de l’économie, loin d’être un problème [sic], constitue un prémisse fondamentale du socialisme, lequel est complètement inconcevable sur la base des petites économies locales ». Je vais illustrer ce propos de M. Métellus qui est, plus largement, fossilisé en une véritable dogmatique chez les marxistes, en revenant quand même, un peu sur Marx. Quand le progrès s’est mis au milieu du XIXe siècle à détériorer la condition sociale des travailleurs ruraux et urbains, une polémique s’engagea à gauche pour critiquer le machinisme abstrait et aliénant. <br /> <br /> <br /> Winston Smith, Another day at the office. 1986Pour contrer ces critiques, Marx ne tergiversera pas longtemps en s’engageant dans le camp du futur en mettant un pied dans la société capitaliste : « il est préférable de souffrir dans la société bourgeoise moderne, qui par son industrie crée les conditions matérielles nécessaires à la fondation d’une société nouvelle, qui vous libérera, que de retourner vers une forme périmée de société qui, au prétexte de sauver vos classes sociales, tire la nation entière en arrière, vers la barbarie médiévale » [9]. Le dogme marxiste était posé, le développement de la société industrielle capitaliste est nécessaire pour poser les bases matérielles du socialisme, il en est le premier terme, il faut donc accepter la souffrance, car pour Marx l’advenue de l’histoire à laquelle s’identifie la révolution, est le développement de l’aliénation de la vie en l’homme comme condition de sa réappropriation. Ce n’est donc que quand les souffrances deviendront universelles grâce au développement du capitalisme, que sortira le salut tant espéré. Le catastrophisme est à la source de cet interprétation faite par Marx, qui fait en quelque sorte le pari de l’explosion de la condensation de la contradiction capitalistique [10]. Comme le note très justement Michel Henry, cette conception apocalyptique et messianique de l’histoire est chez Marx largement tributaire de la métaphysique allemande [11], même si encore de très nombreux marxistes croient que Marx renversait là radicalement la philosophie de l’histoire de l’Esprit de Hegel pour l’incarner dans le réel de l’histoire. Dès lors Marx et ses disciples n’arrivant pas à se dégager des présupposés de la métaphysique allemande, allaient transformer l’ « horreur instinctive devant la mécanisation de la vie » (George Orwell), caractéristique des premières révoltes ouvrières (avec le luddisme industriel et rural), en célébration béate d’un « développement des forces productives » du capitalisme voué à créer les bases matérielles du nouveau monde « de la même façon que les révolutions géologiques ont crée la surface de la terre » [12].<br /> <br /> De plus, M. Métellus est-il au courant que cette « dé-territorialisation de l’économie » mondiale (A. Negri) qu’est notre économie-monde n’est possible que grâce à des vecteurs de transport des corps et des objets (y compris et surtout libidinaux) nécessitant des énergies non-renouvelables ?<br /> <br /> Les lois de l’économie ne doivent pas être fondées sur les lois de la mécanique newtonienne comme le pensent les ultra-libéraux et les marxistes, mais sur celles de la thermodynamique et de l’entropie comme l’écrit Georgescu-Roegen - un penseur dont l’oeuvre est écartée d’une chiquenaude bien ignorante par Karel Vereycken, qui l’a renvoi à une « tartufferie » voire à un « mensonge simplet » [13]. Les processus économiques transforment continuellement et irrévocablement de l’énergie disponible en énergie non disponible, il y a là une irréversibilité de la dégradation de l’énergie. Le principe d’entropie et les lois de la thermodynamique, font que la mondialisation des échanges si souhaitée par Messieurs Métellus, Alain Minc et leurs copains du Medef, ne peut être qu’une parenthèse éphémère de l’économie, un jour crépusculaire qui « aura duré entre trois et quatre siècles, pendant lesquels le temps fut d’un certain point de vue comme suspendu » [14]. A la mondialisation succèdera irrémédiablement une « dé-globalisation » [15] et une re-territorialisation de l’économie, même si le local apparaît à M. Métellus aux travers des catégories simplifiantes/mutiliantes de ce qui lui sert de pensée, comme « une utopie réactionnaire » proudhonienne. Référence à un débat qui date du XIXe siècle et qui ne fait, une fois de plus, qu’illustrer un réflexe dogmatique d’un marxisme a jamais pétrifié pour des siècles et des siècles, comme d’autres rêvaient à un Reich de mille ans. Comme l’écrit S. Latouche, la décroissance n’est ni mondialiste, ni alter-mondialiste, elle pose radicalement la question de la « responsabilité à long terme » d’un tel choix. Notre mode et niveau de vie occidentale n’est pas mondialisable, cela nos défenseurs de la croissance économiques devraient pourtant pourvoir l’entendre, s’il leur reste un zeste de bon sens et un brin d’attachement au principe de réalité dont se réclament si généreusement nos « rationalistes ».<br /> <br /> Rappelons à M. Métellus, qu’il y a une histoire qui a forgé le dogmatisme du PCF et celui du totalitarisme soviétique sur les questions agraires : un socialisme agraire théorisé à partir de positionnements déjà urbano-centrique et ouvriéro-centrique. En 1899 Kautsky dans La question agraire s’opposait au coopératisme élaboré par l’anarchiste russe Kropotkine, et cette position qui en France sera repris par le courant guediste-marxiste (rappelons quand même que J. Guesde, selon son propre aveux, n’a jamais lu Charles-Henry Marx). Dans cet ouvrage Kautsky y fonde alors définitivement le projet socialiste agraire pour des siècles et des siècles : le pays merveilleux d’une organisation industrielle de l’agriculture et de la destruction des sociabilités communautaires au profit d’une relation unilatérale entre le travailleur de la terre et l’Etat. Pas de place pour la petite exploitation, pas de place pour la petite propriété associationniste qui se réalisait dans l’agriculture que privilégiaient les mouvances libertaires, pas de place pour une culture populaire libre et autonome de toute idéologie. Seul Jaurès, qui lui descendait quelquefois de la tour d’ivoire des grands théoriciens socialistes enfermant leur réflexion à la considération du seul monde urbain et industriel, vivra la réalité du terrain de la paysannerie et acceptera le mouvement coopératif lors de la création de la coopérative viticole de Maraussan dans l’Hérault. Bien au chaud dans la capitale française, les ténors de l’actualité politique socialiste (Guesde, Lallemand...) avaient moins la force et l’originalité d’un tel combat, que d’adresser à la paysannerie de vagues promesses visant à l’enrégimenter. Proudhon, même si l’on peut lui reprocher de nombreuses choses, avait vu juste quand il refusait et dénonçait un « nouveau dogme » du romantisme révolutionnaire et du culte de l’Etat. Il faut également avoir un minimum d’ouverture d’esprit pour ne pas reprendre la vulgate marxiste qui fait de Proudhon un défenseur de la propriété paysanne. Car au lieu de la collectiviser comme le propose Marx qui n’arrive pas encore à se débarrasser totalement de la philosophie hégélienne de l’Etat [16], Proudhon veut la socialiser (« réenchasser » l’économie dans le social dirait l’anthropologue Karl Polanyi), et en cela, il est plus socialiste qu’étatiste ou individualiste. En réalité, l’avantage de Proudhon sur Marx, c’est peut-être que le premier, moins philosophe, n’a pas subit les imbécillités des thèses hégélienne et feuerbachienne [17]. Si Proudhon n’est ni tout blanc ni tout noir - comme Marx d’ailleurs -, on peut au moins lui reconnaître la lucidité de son refus de la conquête violente du pouvoir d’Etat comme le soutenaient les néo-babouvistes, les partisans d’Auguste Blanqui et bientôt de la si douce orthodoxie léniniste. Car cette stratégie révolutionnaire conduirait seulement affirme-t-il, à changer la forme de la domination sans supprimer la domination elle-même. A la lumière du totalitarisme marxiste-léniniste du XXe siècle, et quelque que soit la lucidité ontologique réelle des analyses magnifiques de Marx, il y a des lucidités politiques qui pèsent plus lourdes que certaine autres.<br /> <br /> La théorie localiste des objecteurs de croissance est déterminée par une multiplicité d’influences. Dans une « société de décroissance » ou dans le cadre de cette « anthropolitique » dont parle Edgar Morin, la relocalisation de l’économie et la « reterritorialisation de la vie » (Latouche), passent notamment par les concepts de « bio-région », de « souveraineté alimentaire », de « coopération » (l’anarchiste Kropotkine), et les notions, sous divers degrés, d’« autosuffisance alimentaire », d’« auto-production » et d’« auto-construction ». Le fondateur théorique du « projet local » est Alberto Magnaghi, mais le localisme des libertaires comme Murray Bookchin, Raoul Vaneigem, Takis Fotolopoulos sont également des penseurs discutés. Cette re-territorialisation de l’économie et de nos vies passe par des interactions systémiques entre divers échelons de système locaux et régionaux. Elle passe également par la distinction de secteurs de production « autonomes » et « hétéronomes » dans leurs variantes chez Illich ou chez Gorz. Pour régénérer un tissu social qui enserre le quotidien de la vie quotidienne par un « New deal de civilisation » comme l’écrit E. Morin [18]. La relocalisation est également une relocalisation du phénomène politique « réenchasser » dans les rapports sociaux, dans les territoires et dans nos vies. La démocratie participative ou l’ « Inclusive democracy » (une version de la démocratie directe) théorisée par le penseur castoriadien, Takis Fotolopoulos, sont actuellement les pistes de réflexion que suivent les objecteurs de croissance. Paradoxalement, le projet est au niveau politique de renouer avec la conception territoriale restreinte et lucide de la République, qu’avaient les philosophes des Lumières et notamment Rousseau pour qui la forme territoriale du politique ne pouvait être que réduite. Il faudra que nos contempteurs de l’objection de croissance, nous expliquent ainsi un peu mieux, en quoi ce localisme leur apparaît réactionnaire.<br /> <br /> <br /> --------------------------------------------------------------------------------<br /> <br /> <br /> La foi irréfragable en la science des calotins de la modernité et du progrès : vive le productivisme ! <br /> Jérôme Métellus pense encore échapper à la critique sur le progrès technique et son « insupportable promotion » (Paul Virilio), en feignant de croire au mythe de la neutralité bienveillante de la science, ligne de défense de tous les marxismes positivistes comme des technophiles libéraux et raéliens, mythe également haussé au rang de dogme chez tous ceux qui veulent faire la révolution avec des bataillons bien rangés de laborantins. Il énonce péremptoirement que la science et le progrès ne sont que l’usage que les hommes en font. La science véritable, elle, trône dans le ciel platonicien des idées, intouchable et inatteignable, très loin des bisbilles de ses viles créatures. On remplace Dieu par la Science et cela s’appelle le scientisme... Car dans les catégories simplifiantes/mutilantes de M. Métellus, si ce sont des méchants capitalistes qui font usage de la science et du progrès, ceux-ci sont forcément destructeurs, si c’est au contraire les gentils socialistes communistes, alors nous vivrons dans le meilleur des mondes. « Or c’est pourtant là qu’est tout le problème, écrit notre auteur. Les catastrophes écologiques et les menaces climatiques qui pèsent sur notre planète ne peuvent être évaluées indépendamment du système économique et social dans lequel elles ont lieu. La menace écologique est fondamentalement le fait du système capitaliste. » Pour Greg Oxley, aussi, la crise du vivant, le réchauffement climatique et le ravage de la planète sont « la conséquence de l’utilisation de la technologie dans l’intérêt des capitalistes [sic !]. Et le socialisme [marxiste] est devenu une nécessité historique justement pour mettre fin à cela, et pour créer, à l’aide des merveilles de la technologie moderne [sic !], une société dans laquelle la science, les arts et la participation active dans tous les aspects de la vie sociale et économique ne seront plus des domaines réservés à une minorité ». Mais de quelle « minorité » parle t-on dans une société massifiée de consommation dirigée, traversée de part en part par la technologie ? Mais sur quels nuages vivent MM. Métellus et Oxley ? Nos auteurs ont décidément tout compris, la technologie assurée à « une minorité » ne fait pas assez de dégâts, peut-être que le programme du PCF pour 2007 serait-il que chaque Français puisse accéder à la possession de son « 4-4 » terminator ?<br /> <br /> Les incantations religieuses au progrès peuvent dès lors commencer : « il n’y a pas de limite absolue aux progrès des sciences et de la technologie » ! Alors, bien entendu, la transformation de l’agir humain grâce à la technique, nous donne le droit selon M. Métellus, de changer l’essence de l’homme (nanotechnologies...) et de ravager la biosphère, sans prendre en compte une quelconque « éthique pour l’âge technologique » (Hans Jonas), qui est pourtant bien une limite à l’agir humain. Le communisme à la barre de la science affirment nos auteurs de La Riposte, et ce sera une sorte de Jardin d’Eden idyllique, tel qu’on en décrit dans les livres pour enfants : tout le monde sera beau, gentil, il n’y aura plus de guerre, on vivra bien et heureux pour des siècles et des siècles. Amen !<br /> <br /> Et le monde d’Alice que nous promet M. Métellus est celui où « loin de réduire la production, une organisation socialiste de la société aurait pour résultat de « libérer les forces productives [sic !] des chaînes d’un capitalisme en plein déclin. » Faut-il rappeler à M. Métellus, qu’il pourrait aller plus souvent visiter les pays où il souhaite vivre ses idées. Car bien entendu, le « spectacle concentré » (Debord) qu’a été le communisme historique, est connu pour son immense respect de la nature et des hommes.<br /> <br /> Le progrès n’existe pas messieurs... ! [19] Il faut vous faire à cette douloureuse idée. Si les origines de la notion de « progrès » sont antérieures à la fameuse querelle littéraire des Anciens et des Modernes au XVIIe siècle (1687-1698), le XVIIIe siècle a fait de ce maître concept un véritable porte-étendard. L’eschatologie chrétienne du salut se change alors peu à peu en idéologie du progrès, en fournissant des éléments religieux métamorphosés. Autrement dit, la théologie de l’histoire préoccupée par la problématique de la transcendance du sens de l’histoire - illustrée par saint Augustin jusqu’à Bossuet - est remplacée à partir des Lumières, par la philosophie de l’histoire et une problématique de son immanence. Ainsi pour Karl Löwith (1897-1973), l’idée même de progrès centrée sur le bien-être de l’individu, remplace au XIXe et XXe siècle, celle du salut préoccupée par le souci de l’âme. La science n’est alors que la forme « sécularisée » de la création divine, et la dimension messianique du marxisme doit être rapportée plus directement à l’influence de cet héritage judéo-chrétien [20]. Marx n’est-il pas pour le philosophe Michel Henry, « le premier penseur chrétien de l’Occident » ? Et les marxismes ne sont ils pas « l’ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx » ?<br /> <br /> Au XIXe siècle, cette philosophie progressiste de l’histoire s’est transformée en un messianisme social et technique que vont entonner tous les calotins de la modernité dans « une insupportable promotion idéologique du progrès » (Paul Virilio). Le schéma de la gradation se retrouve au centre de diverses pensées. Le philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) est alors lui aussi séduit par l’idée de gradation pour rendre compte de la réalité des sociétés humaines. Comme l’écrit justement notre bon ami Greg Oxley, « Marx a expliqué que le développement des forces productives constitue le moteur de l’évolution sociale ». Pour lui en effet, cette évolution passe plutôt par des stades successifs, qui correspondent chacun à des formes différentes du travail et de l’exploitation des richesses. Le marxisme qui suivra Marx, fondé sur une version incarnée de l’idéalisme de la philosophie de l’histoire d’Hegel, s’est lui forgé dans cette période d’apogée de l’évolutionnisme triomphant entre 1860-1880 et il en a subi irrémédiablement l’épistémologie eschatologique. L’ethnologie semblait alors corroborer la belle théorie du sens de l’histoire vers le pays des merveilles d’Alice.<br /> <br /> Mais qui aujourd’hui soutiendrait en ethnologie, l’évolutionnisme ? Franz Boas et Claude Lévy-Strauss sont passés par là, et au paradigme évolutionniste s’est substitué le paradigme du « relativisme culturel » et du « linguistic turn ». La notion de « progrès » n’est pas, hélas pour vous messieurs, un de ces fameux « invariants anthropologiques », elle est indéniablement une idéologie de l’histoire propre à l’Occident, l’empirisme de toutes les recherches ethnologiques et historiques l’ont attestée depuis bien longtemps. Les calotins de la modernité que sont nos auteurs, sont encore hélas pétris et fossilisés par l’ethnologie passéiste du XIXe siècle porteuse de l’ethnocentrisme occidental déguisé en universalisme. Quel penseur soutiendrait aujourd’hui la vision illusoire, idéaliste et angélique de la Science et de la production du savoir scientifique, qui est la votre ? Personne ! car la naïveté de cet optimisme béat ne peut faire que sourire. Pour sortir du prosélytisme de cette vision eschatologique de la science que vous semez inlassablement sur votre chemin, des penseurs comme Husserl, Feyerabend, Bruno Latour, Thomas Khun, Ulrick Beck ne peuvent que vous aider à la décolonisation de votre propre imaginaire. On sortira peut-être et enfin du XIXe siècle !<br /> <br /> <br /> --------------------------------------------------------------------------------<br /> <br /> <br /> 3. L’utopisme technologique ou comment avoir une position pro-nucléaire. <br /> <br /> Le premier postulat du credo s’énonce comme suit : « le potentiel énergétique dont nous disposons est lui aussi illimité » (Métellus) . Notons entre autre, que même un chaud partisan du développement durable n’affirmerait pas une telle énormité. <br /> <br /> Mais notre auteur nous offre bien d’autres passages succulents qui mériteraient de figurer dans le dictionnaire des bijoux de la bien-pensance et de la fausse conscience : « Si l’énergie atomique est aujourd’hui une grave source de pollution, c’est parce que les capitalistes ne veulent pas rogner sur leurs marges de profits en investissant dans un traitement sérieux des déchets radioactifs. D’un point de vue scientifique, cependant, rien ne permet d’affirmer que l’exploitation de l’énergie atomique ne puisse pas se réaliser de façon à n’impliquer ni pollution, ni risque de catastrophe nucléaire [voyons M. Métellus, même les scientifiques ne sont pas sur cette position du « risque zéro », reprenez-vous !]. En d’autres termes, la pollution et les différents risques liés à l’industrie énergétique reposent, non sur la « croissance », mais sur les mécanismes fondamentaux du capitalisme. Par conséquent ils ne disparaîtront que lorsque ce système lui-même sera renversé. Seule une planification rationnelle et démocratique de l’industrie et des ressources énergétiques permettra de concilier le développement de l’appareil productif avec l’équilibre écologique de la planète. » Comme cela suinte les bons sentiments... On a vraiment envie de vous avoir au pouvoir !<br /> <br /> Greg Oxley n’y va pas non plus de main-morte en fustigeant dans les objecteurs de croissance, de vils « anti-rationnalistes » : « En réalité soutient-il, la science n’est pas une « croyance », mais la connaissance du monde réel ». Ou encore une autre perle : « Le progrès n’est pas une « illusion », mais réside dans l’augmentation du pouvoir de l’homme sur son environnement » (sic !). Nous avons là le beau et éclatant présupposé anthropocentrique de la philosophie cartésienne, où le monde devient un pur objet, un simple réservoir de ressources (illimitées ! dira notre chaud partisan de la croissance) que l’homme peut arraisonner et s’approprier à sa guise pour devenir « maître et possesseur de la nature ». L’environnement est ainsi totalement livré au déchaînement de la raison et au calcul utilitaire.<br /> <br /> En tout cas une chose est sûre parmi nos auteurs, la candeur de la balourdise et les bons sentiments de Greg Oxley sont certainement illimités : « Dans le passé, la famine et la pauvreté étaient inévitables, précisément du fait du développement insuffisant de la technique productive. Mais aujourd’hui, celle-ci a atteint un niveau qui permettrait d’éradiquer la misère de toute la planète. » Le salut communiste par la technologie omnisciente et omnipotente ! Fallait y penser...<br /> <br /> <br /> ----------------------<br /> <br /> <br /> L’économisme et la très sainte augmentation du « niveau de vie ».<br /> <br /> Cyril di Meo lui, semble ne rien comprendre à la décroissance quand il écrit qu’ « Ariès prétend alors que la décroissance est juste un concept obus permettant de dynamiter l’idéologie dominante ». <br /> <br /> La distinction entre un concept et une notion est elle pourtant si difficile à une personne qui se dit professeur de sciences économiques et sociales ? La décroissance n’est pas un « nouveau concept » comment on l’entend souvent. Car ce n’est pas un concept du tout ! Aucun des auteurs de la décroissance n’élève ce terme de la notion au concept, « Il serait en effet complètement inconsistant logiquement » souligne très justement Bernard Guibert. Comme l’écrit Paul Ariès, il est un « mot obus », ou encore pour S. Latouche un « mot d’ordre » pour mettre en question la logique dynamique de l’économie. Pour éviter toutes les incompréhensions dont souffrent les analyses sur-interprétatives de nos auteurs, faut-il encore leur rappeler comme l’écrit Latouche, que « le mot d’ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l’abandon de l’objectif insensé de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n’est autre que la recherche effrénée du profit pour les détenteurs du capital. Bien évidemment, il ne vise pas au renversement caricatural qui consisterait à prôner la décroissance pour la décroissance. En particulier, la décroissance n’est pas la « croissance négative », expression antinomique et absurde qui traduit bien la domination de l’imaginaire de la croissance » [21]. La volonté que met Jérôme Métellus à définir la notion de décroissance comme une récession, illustre parfaitement ses « effets psychiques que le capitalisme a sur l’individu » (Christopher Lasch), cette prégnance de l’imaginaire de l’économisme. « Chassée par la porte, la récession revient immédiatement par la fenêtre ! » écrit-il dans un passage qui a le goût d’un quiproquo comique, mais n’est-ce pas plutôt l’économisme qui revient par la fenêtre de l’imaginaire de notre auteur ? Comme l’écrit encore très justement Bernard Guibert, le terme de « décroissance ne désigne pas une politique économique ni, encore moins, un modèle de “développement” économique » [22]. Il est vrai que la catégorie « d’imaginaire » semble être inaccessible à la majorité des contempteurs de la décroissance. Elle est pourtant issue d’un cheminement intellectuel spécifique, Latouche réévaluant là, le célèbre travail de Castoriadis sur cette question. Il faut prendre au sérieux l’imaginaire que portent des représentations sociales, et ne pas considérer l’imaginaire comme une catégorie inexistante comme le fait Jean-Marie Harribey. L’imaginaire dont il s’agit ici est celui de la psychanalyse, la psychanalyse de Jacques Lacan et surtout de Cornélius Castoriadis, ce que ce dernier appelle « l’imaginaire radical » dans L’Institution imaginaire de la société. Pour reprendre les termes de Félix Guattari, le mot obus de la décroissance est un « mot d’ordre » d’hygiène mentale, « d’écologie de l’esprit », « d’écologie mentale », « d’écosophie ». [23].<br /> <br /> L’anthropologie économique et politique d’auteurs comme Karl Polanyi, Sahlings, Pierre Clastres et Marcel Mauss sont dans les origines intellectuelles de la décroissance, bien plus fondamentaux qu’Illich et Ellul, si c’est deux personnages dérangent la dogmatique marxiste de M. Oxley. Et cette anthropologie ne peut qu’infirmer l’évolutionnisme d’une lecture désuète du marxisme comme avatar d’une idéologie du progrès linéaire qui obligerait toutes les sociétés à passer sous les fourches caudines du « développement » capitaliste. L’anthropologie économique nous apprend que le monde a connu des économies plurielles et ces apports scientifiques sont une donnée de poids pour « s’opposer au schéma rectiligne et stalinien de la succession des modes de production » (B. Guibert). Les apports de l’anthropologie ont aussi des conséquences sur la théorie et la pratique du politique. La terminologie de MM. Oxley et Métellus suinte de ce schéma évolutionniste quand ils parlent de la décroissance comme d’un retour à l’ « époque féodale » (sic !) ou encore à l’ « économie pré-capitaliste ». Dans une filiation situationniste, l’objection de croissance est également imprégnée de la critique de la Séparation, comme de la réflexion que mène la revue du M.A.U.S.S. sur la critique de l’utilitarisme.<br /> <br /> Pour faire écho avec ce qui a été dit plus haut sur le paradigme du relativisme culturel, la position philosophique soutenue par Serge Latouche est celle d’un nominalisme qui prendrait cependant ses distances avec le « constructionnisme social » des courants post-modernistes [24]. Rappelons également que les théoriciens de l’après-développement aux Etats-Unis (Gustavo Esteva notamment), développent des thèses et réflexions à partir des positions philosophiques de M. Foucault et J. Derrida. Et le dépassement de l’idéologie des Lumières passe notamment sous la plume de S. Latouche, par le crépuscule d’un jour qui verra « l’envol de la chouette de Minerve annonçant un monde de l’après-économie, de l’après-développement, une authentique post-modernité » [25]. La décroissance ne partage donc pas les points de vue des plats post-modernes que l’on nous passe depuis plus d’une dizaine d’années.<br /> <br /> La vague des marxismes a ainsi imposé l’économisme révolutionnaire dans l’imaginaire radical de nos militants de Gauche. En revenant dans le sillon perdu des socialismes français de la première moitié du XIXe siècle, il faut se débarrasser des effets psychiques du capitalisme sur nos imaginaires, et refaire tourner la subversion radicale de l’Utopie. Si le capitalisme aliène nos vies, c’est la vie qu’il nous faut changer. La révolution est moins celle de l’économie que celle de la métaphysique aliénée de la vie ! Nous ne somme pas que les « actants » de la révolution, nous en sommes surtout les « actés ». La révolution passe en nous et nous traverse (voir le philosophe Alain Accardo sur la servitude volontaire, un auteur très proche des objecteurs de croissance) [26].<br /> <br /> Il y a deux sortes de gens à Gauche. Il y a ceux qui imprégnés de l’horizon de l’économisme révolutionnaire, défendent le pouvoir d’achat des salariés, la notion de « niveau de vie » produite par le Spectacle [« pour les salariés, la « décroissance » signifierait une régression majeure de leur niveau de vie » (Métellus) ou encore Karel Vereycken, quand celui-ci semble outrée du fait que la décroissance puisse « noyer une fois de plus le débat politique concernant les choix économiques »], les défilés carnavalesques des syndicats enspectaculés, et qui cherchent simplement à réduire et condamner les « inégalités sociales » générées par la capitalisme.<br /> <br /> Car tout pousse à reconnaître avec Vaneigem, la « subjectivité radicale » comme ressort du refus de cette « survie », il y a aussi ceux qui ne négocieront pas avec le capitalisme. Les objecteurs de croissance ils en sont de cette canaille ! Riche est la vie et merde au P.I.B. !<br /> <br /> <br /> ----------------<br /> <br /> <br /> Une lecture positiviste de Marx. <br /> <br /> La prégnance et la permanence de l’ interprétation positiviste et « progressiste » de la critique marxiste de l’économie politique et de son stakhanovisme productiviste, n’ont que trop duré aux yeux des objecteurs de croissance. Ce marxisme formulé dans les années 1880-1900 n’a été que trop influencé par ce « positivisme matérialiste plat et gras [qui] étalait son huile rance sur l’étang aux poissons... » dont nous parlait Romain Rolland. Comme l’écrit justement Bernard Guibert, « Il y a désormais d’autres lectures que la lecture positiviste et productiviste de Marx » qu’est la tradition léniniste représentée par le journal La Riposte. <br /> <br /> Les fondateurs de la décroissance sont plus marxiens que marxistes, c’est-à-dire qu’ils ont lâché le marxisme orthodoxe auquel restent attachés nos auteurs de La Riposte (alors qu’un marxiste comme Jean-Marie Harribey a lui le courage de s’écarter des dogmes). Des auteurs comme S. Latouche, J. Ellul, G. Rist ou J.-P. Besset par exemple ont tous à un moment de leur vie, pris leur distance avec les marxismes traditionnels. Car en effet, les objecteurs de croissance se fondent sur « une autre lecture de Marx qui s’affirme progressivement dans les douleurs de la « déconstruction » (B. Guibert), sous les bannières d’auteurs comme Claude Lefort, Cornélius Castoriadis, Guy Debord, Paul Ricoeur, Michel Henry et Jacques Derrida. Et dans une lecture interprétative qui considèrerait les différents marxismes comme l’ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx. La décroissance semble étrangère à toute interprétation holiste, léniniste ou althussérienne. Et manifestement, Jérôme Métellus et Greg Oxley n’ont jamais lu Marx, à part au travers des œillères et de la culture militante marxiste-léniniste. Si Bernard Guibert défendrait l’idée d’une lecture herméneutique de Marx et de l’histoire, et cela peut se défendre, je privilégierais pour ma part la magistrale lecture de Marx que nous a faite M. Henry [27]. Et d’ailleurs Ricoeur n’a pas retenu son éloge sur une telle interprétation fondatrice, des ponts entre l’herméneutique et la phénoménologie henryenne sont certainement possibles de ce côté là.<br /> <br /> Comme le montre Jean-Claude Michéa, le capitalisme c’est le libéralisme qui commence à naître sous la plume des physiocrates dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le capitalisme est indéniablement le produit de l’anthropologie pessimiste du libéralisme des Lumières. Les socialismes français de la première moitié du XIX siècle (Pierre Leroux, Charles Fourier...) ont vu et su analysé sur le moment, la réalisation par la Révolution française, du programme économique des Lumières (Loi Le Chapelier, article 544 du Code Civil...). Quand ces socialismes français ont été écrasés définitivement dans l’épisode de la Commune en 1871, le champ était désormais libre au socialisme allemand pétris d’un marxisme positiviste véhiculant le progressisme, l’économisme et le matérialisme historique. L’Affaire Dreyfus a pu alors cristalliser en France l’institutionnalisation de cette Gauche progressiste et bien pensante des Lumières, qui perdure aujourd’hui du journal Le Monde à Libération en passant par Télérama, Le Nouvel Observateur et autre Inrockupptible. Cette Gauche empreinte de « replâtrages réformistes » qui n’a envie que de « gérer le capitalisme » en combattant les inégalités sociales et en relevant le pouvoir d’achat des consommateurs. La gestion et la « révolte consommée » est la logique de l’essence même de cette Gauche. Car la Gauche et le capitalisme nés dans le même creuset de l’idéologie des Lumières et de ses présupposés anthropologiques et métaphysiques, ne sont alors forcément que les alliés objectifs de la même eschatologie de l’histoire, les deux faces de la même monnaie progressiste. D’où depuis maintenant 130 ans en France, l’impossibilité, durable celle-ci, de dépasser le capitalisme sur sa Gauche.<br /> <br /> <br /> ----------------------<br /> <br /> <br /> L’affaire de la Nouvelle droite ou... la théorie du complot. <br /> <br /> Si, dans la bouche de MM. Métellus et Oxley les objecteurs de croissance ne seraient que des réactionnaires, passe encore... finalement nous ne serions réactionnaires que dans cette acception où l’on irait à l’encontre de leur idéologie eschatologique de l’histoire. Mais les catégories simplifiantes/mutilantes des rédacteurs de La Riposte, ne sont encore que du lait pour les chats devant les délires de sur-interprétation de Cyril di Méo et Karel Vereycken. Tous les coups sont permis, tous les amalgames sont possibles.<br /> <br /> N’ayant manifestement rien compris à l’anthropologie de la technique, M. Vereycken assimile curieusement les objecteurs de croissance à des « technophobes » opposés au phénomène de la technique. C’est là une crasse ignorance de la pensée d’auteurs comme J. Ellul ou A. Gras, Walter benjamin, Adorno ou Gunther Anders, et plus largement des bases fondamentales de l’analyse classique de l’anthropologie de la technique. Notre auteur croit un peu bêtement que les objecteurs de décroissance en viennent à nier le phénomène humain de la technique. Il n’arrive pas à prendre en compte que la mutation de la technique à l’âge de la modernité, puisse avoir transformer le domaine ontologique de l’agir humain dans ses effets et conséquences (Hans Jonas), et que ce domaine ontologique n’ait rien à voir avec celui de l’âge de la technique « enchassée », dirait Polanyi, dans les activités sociales des humains. Réduisant les objecteurs de croissance à des « technophobes », M. Vereycken en arrive forcément au simplisme d’un développement narratif hilarant : « en niant donc cette différence fondamentale entre l’homme et la bête, on cultive le doute et le pessimisme sur la nature humaine, on réduit non seulement notre capacité de survie et celle de notre environnement, mais on prive l’homme de son humanité, une déshumanisation qui est souvent l’instrument des sectes, des systèmes fascistes ou totalitaires, ou de ceux qui préparent leur arrivée. » Votre bonté dans cette ultime nuance, ne peut être que comptée à votre crédit...<br /> <br /> Nos admirables dénicheurs de complots cachés, ont alors recours à un argument plus classique. Ainsi apprend-t-on sous la plume de M. Vereycken qu’« Ariès, [est] un malthusien version light » par le seul fait que cet auteur puisse écrire la phrase, « nous savons qu’il n’existe pas de développement et de croissance sans fin ». L’accusation semble entendue pour notre autre auteur, Cyril dit Méo, qui lui dit au contraire qu’ « Ariès dénonce les penchants réactionnaires, spiritualistes, malthusiens, réactionnaires de certains décroissants » (décidément deux fois le même mot dans une phrase illustre au mieux l’heuristique de la haine qui se dégage de l’analyse de cet auteur). Faudrait se mettre d’accord, c’est à n’y plus rien comprendre, même si les délires sur-interprétatifs ont de propre cette capacité continuelle de créer de perpétuelles contradictions. Et l’argument utilisant la logique des rapprochements est alors forcément de mise : « le malthusianisme prospère aussi pour preuve l’horrible site du parti français pour la décroissance » (di Méo). Auteur qui nous parle encore dans son délire « des positions ultra malthusienne de Rabhi, Goldsmith, etc ». Faut vraiment se faire désintoxiquer !<br /> <br /> Et cette technophobie délirée, ce malthusianisme ahurissant, cette anti-chambre du fascisme vert que seraient le monde des objecteurs de croissance, ne peuvent évidemment qu’assimiler la décroissance à « l’écologie profonde » qu’est censé représenter le magazine L’Ecologiste. Si cette assimilation n’était pas déjà classique dans la stratégie et unique ligne de défense des partisans du développement durable, puisqu’on l’a retrouve de Luc Ferry à Sylvie Brunel, les propos du bourdieusien Cyril di Méo n’en seraient pas moins insupportables. Car comme le note le géographe Bernard Zuindeau (cf. sa recension du QSJ de Brunel sur decroissance.info) cet argument de la plus mauvaise foi qui soit de la part des partisans du développement durable, ne sert pas juste à esquiver un débat sur le fond, mais à porter le feu de la procédure accusatoire inquisitoriale sur un anti-humanisme supposé et rêvé. Comme si les objecteurs de croissance mettaient l’homme après la nature dans leur ordre de priorité. La diabolisation de la décroissance permettant de conserver le confort de ne pas trop se poser de questions et d’écarter ses doutes et sa propre mauvaise conscience. Le développement durable serait-il critiquable ? Vous n’y pensez pas nous répond le prêtre à longue et courte robe de la Croissance, Cyril di Méo, sa critique n’a qu’« une fonction de cohésion de cet ensemble des décroissants » et l’« on comprend beaucoup mieux [ainsi] les stratégies de dénigrement répété des partisans du développement durable ».<br /> <br /> L’article d’Alain de Benoist sur la décroissance ou encore les activités du GRECE sont alors du pain béni pour alimenter le moulin à parole de Cyril di Méo, pour lui permettre de s’engager dans la voie interprétative de l’évident rapprochement illustrant la thèse du complot caché qu’il veut démasquer. Après avoir courageusement pourfendu une sombre « fusion idéologique » où apprend-t-on, « les pensées [d’Alain Caillé, S. Latouche, P. Rhabi et E. Golsmith] sont en osmoses avec celles de l’extrême droite néo-païenne », M. di Méo défenseur du nivellement égalitariste et de l’idéalisme humaniste, et atteint manifestement de « complotite aïgue », entend alors nous apporter la lumière, bienheureuse et bienvenue, de sa vérité.<br /> <br /> Certains voient le christianisme cachée derrière la décroissance comme en des temps plus sombres l’on voyait le juif derrière le capitalisme. D’autres encore voient derrière la décroissance le Grand Satan malthusien ou celui de la Nouvelle Droite, ou carrément le bras armé du fascisme et de la barbarie... et pourquoi pas le retour du côté obscur de la Force ! Quel rapport avec la choucroute ?<br /> <br /> Le principe cognitif qui cherche à expliquer l’émergence de la pensée de la décroissance pour nos auteurs, c’est la théorie interprétative du complot qui structure si bien notre « imaginaire politique », comme le remarquait si pertinnement Raoul Girardet dans Mythes et mythologies politiques ! Ce sont alors quelques groupes minoritaires, élitistes, sectaires qui sont tapis dans l’ombre de la décroissance malfaisante, cachée et secrète, interprétée par di Meo comme une « nébuleuse ». Nos auteurs quand ils s’expriment puisent dans le même fonds symbolique et terminologique de X-Files, Dan Brown et tout le reste de la littérature des dénicheurs de vérité qui sont toujours ailleurs... Car « c’est forcément dans l’ombre que se réfugient les bêtes immondent, de l’ombre qu’elles surgissent. Immuable, permanent à travers l’énorme masse de ses représentations iconographiques et ses expressions littéraires, il existe un bestiaire du Complot. Il rassemble tout ce qui rampe, s’infiltre, se tapit » [28]. Et le complotisme ou le conspirationnisme sont l’un des grands mythes politiques modernes, c’est même généralement ce qui sert de pensée à la Gauche rationaliste, progressiste et scientiste, toujours trop pressée avec son demi-savoir. Il est marqué par l’intérêt pour les machinations ou les manipulations, la fascination exercée par les forces invisibles, la peur d’une dictature occulte. Devant leur ébahissement vécu et leur totale incompréhension de la pensée de la décroissance, nos auteurs cherchent alors du sens dans la révélation des mauvaises intentions des hommes ou des groupes. Une fois démasqués les « mauvaises intentions », voici que pour nos auteurs la pensée de la décroissance prend son sens, elle devient une cause. « Ne faites confiance à personne »... Voilà où se trouve aujourd’hui le niveau intellectuel du « débat » avec nos auteurs.<br /> <br /> <br /> --------------------------------------------------------------------------------<br /> <br /> <br /> Conclusion. <br /> Ainsi nos admirables interprètes marqués par une surdose de « complotite aigue », ont un discours qui manque continuellement sa cible par mé-s’interprétation, sur-interprétation, incompréhension ou ignorance crasse et totale. Ils sont à la fois des partisans de la croissance et du progrès donc des réactionnaires (voir le dernier ouvrage de Jean-Paul Besset). Car comme le note François Brune, « le progressisme (le bon), ne serait il pas d’être en retard dans la mauvaise voie » ? Penser radicalement écrivait Marx, c’est aller jusqu’aux racines. Nous refusons donc une gauche progressiste qui améliore les « niveaux de vie » à coups de replâtrage réformiste et qui ne critique la logique du capital que parce qu’elle est la cause principale des « inégalités ». Il ne faut pas demander que l’on assure ou que l’on élève le “minimum vital”, mais que l’on renonce à maintenir les foules au minimum de la vie. Il ne faut pas demander seulement du pain, mais des jeux [29]. Si, très justement, Georges Bush ne négocie pas avec les terroristes, les objecteurs de croissance ne négocieront pas avec le capitalisme ni avec la société économique. L’influence de la philosophie hégélienne de l’Etat sur Marx, ne doit pas nous faire perdre de l’idée, que Hegel a forgé cette philosophie pour donner un projet politique à la réaction contre la révolution française. L’étatisme est en soi réactionnaire, c’est une théorie qui a non seulement écrasé les expériences communalistes d’auto-gouvernement au XIIIe siècle, mais qui a surtout servi pour « terminer la révolution » comme dit François Furet, et plus fondamentalement pour Hegel, pour l’annihiler radicalement. L’ensemble de la Gauche doit alors tirer les conclusions de la transformation de l’étatisme révolutionnaire en un totalitarisme inhumain comme Proudhon en avait si bien eu l’intuition. Il faut non seulement à Gauche achever la sécularisation de la société en sortant de l’Eglise du progrès, mais aussi tirer les leçons de l’histoire du totalitarisme de Gauche au Xxe siècle. Si à Gauche, nous voyons la poursuite de la fusion et de l’interpénétration toujours plus poussée des objecteurs de croissance avec l’ensemble des mouvances libertaires, il est clair, que la Gauche positiviste, « croissantiste » et progressiste donc réactionnaire, que représente le journal La Riposte ne fera pas partie de notre monde, mais de celui qu’il faudra inlassablement combattre. Encore un effort amis réactionnaires !<br /> <br /> La vie passe et nous n’attendons pas de compensations, hors celles que nous devons inventer et bâtir nous-mêmes.<br /> <br /> Ce n’est qu’une affaire de courage.<br /> <br /> <br /> Notes : <br /> <br /> [1] « L’écologie contre les marchands », in Une société à la dérive, p.237<br /> <br /> [2] On peut lire fort à propos l’article de René Fugler « La Sociologie libertaire de Jacques Ellul » dans la revue anarchiste Réfractions en juin 2005 : http://refractions.plusloin.org/article.php3 ?id_article=50Sur l’influence de la pensée dans la réflexion de Ellul on peut aussi voir l’article de Deun « Comprendre comment l’homme a été éliminé »<br /> <br /> [3] On peut lire Jacques Derrida, Foi et savoir, Point Seuil, ouvrage où il déconstruit nombreux de ces débats viellots auxquels les réactionnaires sont attachés<br /> <br /> [4] « La peur note M. Duval, a changé d’objet, de l’Etat et de l’industrie, symbole de son système économique et social, elle s’est focalisée sur l’Autre éloigné, l’étranger, l’Autre proche, puis l’Autre religieux (dans cette catégorie entrent les adeptes des “sectes” et les musulmans) et enfin l’Autre politique et alternatif. La peur est donc passée d’instrument objectif de contestation à un instrument de structuration de la pensée unique en dénonçant de nouveaux “ennemis extérieurs”, mais dans le cadre d’un consensus très large : en effet, qu’est-ce qui peut se targuer de réunir dans un commun accord, toute la droite et toute la gauche, les laïcs et les religieux ? Hormis le discours sur le terrorisme et la pédophilie, aucun autre discours n’atteint cette performance consensuelle. Dans l’idéal de cette société normative, il faudrait que tous soient semblables et entrent dans le moule », dans l’article « Des peurs collectives : le discours antisecte comme support de l’idéologie néolibérale », publié dans L’homme et la société. Revue internationale de recherche et de synthèses en sciences sociales, n°155,2005 n°1, p.65-78.<br /> <br /> [5] D. Clerc, « De l’état stationnaire à la décroissance : histoire d’un concept flou », dans L’Economie politique n°22, avril 2004, p.88<br /> <br /> [6] Le Principe responsabilité, 1990, p.69<br /> <br /> [7] S. Latouche, préface à Besson-Girard, Decrescendo cantabile, Parangon, 2005, p.10<br /> <br /> [8] Alain Caillé, « La question du développement durable comme question politique. Illimitation et irréversibilité », in Dépenser l’économique. Contre le fatalisme, p.250<br /> <br /> [9] Lasch, Le Seul et vrai paradis. Histoire de l’idéologie du progrés et de ses critiques, 2002, p.138.<br /> <br /> [10] Dit autrement, pour Marx le présent historique du capitalisme est un moment du processus dialectique, il avait la tâche d’accomplir le négatif et de s’identifier avec lui<br /> <br /> [11] Voir M. Henry, Marx, tome 1, chapitre III « La réduction des totalités », première partie « La mythologie de l’histoire », pp.163-165, Gallimard, Tel, 1976.<br /> <br /> [12] Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith. De l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Climats<br /> <br /> [13] voir ce que dit l’auteur sur LaRouche<br /> <br /> [14] S. Latouche, op. cit. p. 11<br /> <br /> [15] voir John Saul, La mort de la globalisation.<br /> <br /> [16] qui ne décrit que les lois de l’Idée, alors que plus tard Marx revenant sur cette philosophie et si opposant, affirmera que la réalité de l’Etat repose sur les individus qui produisent la substance politique. Il faut se méfier de l’influence d’Hegel sur Marx sur la question de la place de l’Etat. Hegel fait parti des penseurs réactionnaires comme De Bonald, De Maistre, Haller... Bien qu’ il a évolué, au début, il est un des admirateur de la Révolution française puis va finalement prendre peur face à ses désordres, et se tourne vers la réaction en forgeant philosophique le soutien au tout Etat. La philosophie hégélienne de l’Etat est toute portée contre la révolution, elle est pour Hegel un projet politique pour la réaction.<br /> <br /> [17] Marx toute sa vie luttera théoriquement pour renverser Hegel à partir de Feuerbach, puis renverser ce dernier par une ontologie radicalement fondatrice et innovante. Ce qu’ignorent l’ensemble des marxismes.<br /> <br /> [18] Edgar Morin, Pour une politique de civilisation, Arléa, 2002, p.66<br /> <br /> [19] Pour aller beaucoup plus loin que cette brève « déconstruction » de l’idéologie du Progrès, on peut lire l’article « L’Eglise des illusions du progrès et les Objecteurs de croissance ». On peut également consulter la conférence de S. Latouche, « La Métaphysique du progrès ».<br /> <br /> [20] Jean-Claude Monod, La Querelle de la sécularisation de Hegel à Blumenberg, 2003, éd. Librairie philosophique Vrin, 317 p.<br /> <br /> [21] Extrait de « Il faut jeter le bébé plutôt que l’eau du bain » page 127<br /> <br /> [22] Dans l’article en ligne « Décoloniser notre imaginaire de croissance ? Ça urge ! ». B.Guibert est économiste et membre de la commission économique des Verts.<br /> <br /> [23] Comme l’écrit encore Bernard Guibert, « Il s’agit plutôt, conformément à ceux qui, à la suite de Hannah Arendt, ont analysé l’emprise du totalitarisme sur les âmes comme conséquence d’une pathologie du langage, de mettre en place une prophylaxie des mots que nous utilisons. Il y a eu dans ce sens un début d’expérience prometteur au forum social européen de Paris Saint-Denis grâce à des initiatives heureuses de Patrick Viveret et Gilbert Wassermann : comment transformer nos rapports subjectifs aux mots que nous utilisons pour que nous puissions dissiper les malentendus et entreprendre des actions communes couronnées politiquement par le succès »<br /> <br /> [24] L’ouvrage de Patrick Tacussel, élève de Maffesoli et principal continuateur de la délicieuse dérive situationniste, L’attraction sociale, la dynamique de l’Imaginaire dans la société monocéphale, Librairie des Méridiens, 1984, nous est cependant des plus précieux<br /> <br /> [25] Préface de Besson-Girard, Decrescendo cantabile, Parangon, 2005, p.11<br /> <br /> [26] A. Accardo, De notre servitude volontaire, Agone, 2001. D’inspiration bourdieusienne, Alain Accardo invite les « progressistes » à s’interroger sur la part qu’ils prennent à la reproduction de cet ordre qu’en principe ils combattent, dans Le Petit-bourgeois gentilhomme, Labor, 2003. M.Accardo a donné un entretien au journal La Décroissance, n°25, février 2005, intitulé « Se battre contre le capitalisme, c’est se battre contre soi-même »<br /> <br /> [27] M. Henry, Marx. tome 1 « Une philosophie de la réalité » ; tome 2 « Une philosophie de l’économie », Gallimard<br /> <br /> [28] Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, Seuil, 1996, p.43<br /> <br /> [29] Article « Le minimum de la vie », pour l’Internationale lettriste, M.-. Bernstein, A.-F. Conord, M. Dahou, G.-E. Debord, J. Fillon, Gil J Wolman, dans Potlatch, n°4 13 juillet 1954<br /> <br /> <br />
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