De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
J'avais déjà évoqué dans un post précédent comment lors d'une discussion avec un decroissant aixois j'avais eu la surprise d'entendre des arguments que l'on pourrait résumer ainsi ce sont les Lumières qui ont produit le nazisme et le communisme. C'est une soif de science de progrès de rationalité qui est la cause de ces horreurs... C'est vrai que c'est la thèse défendue par Arendt dans les origines du totalitarisme (mais plus dans Eichmann à Jérusalem) par Heidegger, par Georges Steiner dans Le chateau de barbe bleue, par Ernst junger ... voir par certains libéraux comme Isaac Berlin. Et des auteurs comme Charbonneau ou Ellul sont très prêts de cette analyse (le bouquin de Cerezuelle est lumineux sur le refus catégorique de l'objectivisme et des sciences sociales de Charbonneau)
Les quelques travaux d'historiens sur la terreur stalienne dont on dispose montrent bien que la classe était ontolgisée de manière irrationnelle comme une race chez les bolcheviks et que c'est pour cela qu'une grande part de la terreur s'est tenue. Il faut lire les propos de Dzerjinski responsable de la Tcheka
: « Qu'est-ce qu'un otage? C'est évidemment un représentant, en notre pouvoir, de la société ou de l'organisme qui nous combattent Mais il faut que celui-ci possède une valeur aux yeux de l'ennemi. Celui-ci ne donnera rien pour le premier instituteur venu, pour un garde forestier, un meunier ou un épicier, surtout s'il est juif. Alors, tchékas, attrapez des bourgeois, si possible avec leur famille! »
« la Tcheka ne lutte ni pour la justice ni contre tel ou tel individu. Nous sommes l'organe d'extermination de la bourgeoisie en tant que classe. Durant un interrogatoire, je ne me pose pas la question de savoir si tel ou tel a agi contre le pouvoir soviétique. Je me demande: a quelle classe cet individu appartient-il? Quelle est son éducation, sa profession? Et, seulement si c'est un travailleur, je me pose la question : a-t-il pu trahir sa classe ou agir contre nous? Enfin, éventuellement, je m'efforcerai d'amener l'accusé à reconnaître ses fautes - l'aveu couronnera alors la présomption par l'origine. »
cités par Nicolas Werth, L'histoire, n°158, septembre 1992
Mais plus ça va plus je pense que cette vision d'une origine scientifique des totalitarismes n'est pas tenable. Deux bouquins lus récemment me confirment dans cette analyse, le dernier livre de Zeev Sternhell Les anti Lumières où il décortique les errements intellectuels de Issac Berlin et Les origines de la peur de Corey Robin... Faire porter à la science et au rationalisme les totalitarismes n'est pas tenable. Ils montrent comment s'est en définitive opérée l'opération de mise en cause des Lumières par les pensées romantiques, spiritualistes, réactionnaires (Spengler, Burke, De Maistre) même qui avaient engendrées ces horreurs... Car les travaux d'histoire politique montrent bien les généalogies ayant amené aux totalitarismes et à l'antisémitisme ne sont pas nés de la science ..mais d'une haine savamment construite par des siècles d'irrationalité et de préjugés (souvent religieux d'ailleurs) et de vision politique "paranoïaque". Le nazisme est né dans la pensée de la révolution conservatrice (L Dupeux) pas dans les oeuvres de Hegell, Kant ou Cassirer...
Mais nous vivons à l'heure des errements post modernes... (quand Elisabeth Teissier peut soutenir une thèse de sociologie avec M Maffesoli et Serge Moscovici.. on touche le fond). Je pense qu'une critique de la rationalité instrumentale tout à fait légitime chez l'école de Francfort a en définitive basculé dans la défense de l'irrationalité.. car affirmer que la science est une croyance ..voire la pire des croyances... car la plus dévastatrice...c'est ne pas connaître la place des croyances dans les horreurs du XXème siècle.. et c'est oublier que la science est dans le registre de la réfutation rationelle ce qui n'exclu pas des pressions politiques occasionnelles (expl Pellerin et l'académie des sciences)..mais cela ne suffit pas à jeter le bébé avec l'eau du bain. Et puis la théorie des races de Gobineau reprise par le nazisme, les théories ésotériques de Hitler ou les délires sur le Lyssenkisme ont été balayé par la science....montrant bien qu'ils n'étaient que des délires, des croyances se drapant dans la science...
Il faut rejeter l'ultrarelativisme post moderne... les forces luttant pour l'émancipation humaine n'ont rien à en attendre....et il ne faut pas faire porter aux Lumières les horreurs du nazisme et du communisme.