De l'Air pour Aix Les miasmes de la vie politique municipale aixoise et de deux mandats de l’équipe sortante rendent l’air irrespirable. Il est temps d’ouvrir portes et fenêtres et de proposer une nouvelle respiration à Aix et ses habitants.
Les vacances c'est cool. On peut lire tous les bouquins qu'on a stocké sur la table de chevet...
Celui du moment c'est le bouquin de Daniel Cerezuelle: écologie et liberté (Parangons) qui fait la synthèse des oeuvres de Charbonneau.
Qu'y découvre t'on ? Que Charbonneau dans la logique de Ellul refuse l'objectivisme des sciences sociales. "objectiver la société, c'est en sortir, refuser ses vérités et ses tabous, c'est à dire la profaner"... Il ne fait confiance qu'à la subjectivité pour saisir la catastrophe qu'est la Grande Mue. Son propos est donc une "monstration "plus qu'une "démonstration". Ce qui le rend d'ailleurs à mon avis souvent très confus et tellement généraliste que peu efficient...Sinon la Grande Mue est une métaphore biologisante pour décrire le mouvement de transformation sur le poids de la science et de la technique de notre société. Cette perte de nature que dénonce Charbonneau est liée à une industrialisation du monde qui crée un appauvrisement des vécus et sensations du monde. Et qui est responsable de l'éclatement national que n'auraient jamais connus des systèmes communautaires" dans la tribu primitive, rien ne peut rompre à ce point les liens naturels qui unissent les individus, parce que ces liens sont trop interieurs et parce qu'il n'y a aucune force extérieure pour les trancher".
Cette perte de sens et des sens s'explique par une croissance de la rationnalité qui génère une croissance des mécanismes rationnels d'organisation sociale qui vont à l'encontre des modes d'organisation plus organiques.
S'inspirant du personnalisme Charbonneau place la question de la construction de la personne au coeur de l'écologie. S'inspirant d'un certain christianisme primitif refusant les discours thélogisant qui participent de ce processus de séparation entre le monde vécu et le monde pensée qui par cette symbolisation permet l'arraisonnement de la nature et du monde. Charbonneau développe donc un christiannisme très panthéiste fondé sur un épanouissement individuel et spirituel sur le modèle du Christ, et refusant les églises. La pensée c'est l'Esprit (au sens biblique) fait chair (sur le modèle chrétien)... un étrange mélange de liberté et de spiritualité.
Encore une fois comme chez Ellul, Illich, Rabhi, Goldsmith, écologie et spiritualité se retrouvent intimement liés dans un refus de l'objectivisme et de l'arraisonnement scientifique du monde.. qui n'est pour Charbonneau que la porte ouverte sur le totalitarisme. Comme si c'étaient les lumières qui avaient produit le nazisme...
On apprendra aussi avec intêret que Charbonneau mettant dos à dos communisme et nazisme refusa de s'engager dans la résistance pour refuser de faire le jeu de ces systèmes.. la posture ressemble très fortement à celle de Ernst Junger dans "Les falaises de marbres" où du haut de ses falaises il regarde une civilisation décomposée se faire détruire par des hordes barbares...sans rien faire, en refusant de prendre parti...on retrouve encore une fois la figure distanciée et ambigüe du ni...ni..
Le bouquin est clair et bien écrit. Et même si je ne partage en définitive pas cette vision de l'écologie où l'écologie serait une résurgence de la "pensée sauvage", d'une pensée non symbolisée, non rationnelle on en apprend beaucoup sur Charbonneau qui a en définitive posé toutes les bases de ce que certains redécouvrent sous le nom de décroissance.
Ps on trouve aussi de nombreux extraits inédits car l'auteur connaissant Charbonneau a accès à certains manuscrits..et car nombres d'ouvrages sont aujourd'hui épuisés..
ps 2 A lire aussi l'excellent texte (certes théologique) de cet auteur sur la dimension spirituelle de l'écologie. http://1libertaire.free.fr/JEllul08.html