Publié le jeudi 6 novembre 2008 à 07H41
Il forme avec un cardiologue vitrollais et un cancérologue aixois un trio de mousquetaires contre la pollution
Lui, c'est Patrice Halimi, 42 ans, chirurgien orthopédiste pédiatre à Aix, cofondateur de l'Association Santé environnement Provence qui, en quelques mois s'est offert un rayonnement national. Le visage médiatique du trio de mousquetaires, qu'ils forment avec les deux autres historiques de la structure, le cardiologue vitrollais Pierre Souvet et le cancérologue aixois Jean-Loup Mouysset. "Lui est dans la stratégie, dans l'action, l'innovation, reconnaît Pierre Souvet. Il est pressé. Très pressé que les gens aillent mieux". Avec une idée à la seconde, il s'agite beaucoup pour faire passer les messages, agace aussi les défenseurs historiques de la cause environnementale, et se fait courtiser par les politiques. À droite comme à gauche, ils sont nombreux à vouloir récupérer l'image d'Épinal du médecin-jean-veste en cuir en colère pour mieux le faire rentrer dans la logique des concessions. Mais il reste insaisissable. "Les politiques, on ne peut pas les ignorer mais il faut rester en dehors de leur jeu pour être efficace", disait-il, il y a encore quelques semaines.
Pourtant, quand les Verts lui ont proposé une candidature aux Européennes, il n'a pas refusé d'entrée. "Je ne fais rien à moitié. Si je me présente, je suis tête de liste et je constitue mon équipe de campagne avec des gens de confiance". Les Verts n'ont pas voulu. Pas grave, il sera quand même samedi aux Assises de l'écologie et "plus utile encore ailleurs"."C'est un homme honnête et sans arrière-pensée. Il gagne très bien sa vie. Il n'a pas besoin de placer", défend son copain Souvet. En plus, il gère bien ses contradictions: l'ardent défenseur de la cause environnementale roule en BMW — "Oui, une série 1 avec pot catalytique et un taux d'émission inférieur aux règlements européens prévus pour 2015". Le chirurgien pédiatre en colère exerce dans le privé mais donne des consultations gratuites dans des centres pour handicapés. En même temps, il a été élevé aux paradoxes: né d'un père juif et d'une mère catholique, il fête les bar-mitsva des cousins avec le même enthousiasme qu'il suit les cours de catéchisme. "Je suis un territoire occupé à moi tout seul". Il grandit à Vitrolles et fait ses classes collège et lycée dans le 15e à Marseille. Son père travaille à l'Urssaf. Sa mère institutrice enseigne pas loin."Elle fait partie des vrais hussards noirs de la République. Moi, je suis né dans l'ascenseur social. Dans l'esprit, on travaille bien à l'école et on réussit. Mes parents ne voulaient pas que je sois médecin. Ils auraient préféré ingénieur des Ponts ou ambassadeur".
À 16 ans, il décroche le bac C et fait médecine pour "être utile", dit-il poliment. Il se nourrit d'Hannah Arendt, un peu "Où vais-je, où cours-je ?". Il ne serait peut-être jamais devenu ce croisé médiatique, si le jeune chef de clinique ambitieux ne s'était fait mettre hors circuit par son patron au Centre hospitalier régional universitaire de Lille. "On m'appelait le pit-bull. J'avais 30 ans, il en avait 44, on était trop en concurrence". Il y était parti en mettant toute sa vie dans sa 104 et la planche à voile sur le toit, il reviendra s'installer à Septèmes. Sans gloire, ni le titre de professeur des universités. Avec dans l'esprit, les poumons noircis de silicose des mineurs de Lens. À 40 ans, la rencontre avec Souvet et la création de l'association le mettront sur d'autres rails. "Je ne veux pas être seulement un prophète de malheur, assure-t-il. On dénonce mais on veut aussi apporter des solutions". Halimi est même prêt à donner beaucoup de sa personne. "Si NKM le demande, je veux bien lui faire les photocopies". NKM, c'est Nathalie Kosciusko-Morizet, la glaciale et néanmoins polytechnicienne secrétaire d'État à l'Écologie. Le message est passé. Sa mère lui rappellera sûrement comment Icare s'est brûlé les ailes. Par vanité.
Par Alexandra Ducamp ( aducamp@laprovence-presse.fr )