Vincent DELPUECH, le maire de Peynier, qui est resté Maire pendant toute la guerre, et également Directeur du plus grand journal marseillais, "Le Petit Provençal", pendant toute l'occupation jusqu'en août 1944.
A la Libération, Vincent Delpuech a été incarcéré le 26 août à la prison St Pierre comme prisonnier politique, inculpé par le Comité National d'Epuration. [Document des Archives Départementales à Marseille]
Edmonde Charles-Roux dans son livre « L´Homme de Marseille », Bernard Grasset (Paris 2001), pp. 47-49. raconte:
« Delpuech avait cru qu´il s´en tirerait en donnant de temps en temps des gages à la résistance. Il était intervenu en faveur de victimes d´arrestations arbitraires. Mais il avait aussi donné satisfaction aux inspecteurs de la LVF [ Légion des Volontaires Français ] en publiant des communiqués par lesquels ils appelaient à débarrasser la France des Juifs et des Francs-maçons aux ordres de l´Angleterre ».
Elle conclut : « Delpuech était méprisable et sa presse pourrie. Il aurait à s´en expliquer devant le Comité d´épuration. »
Comme l'indique une brochure du journal "Le Provençal" publiée en 1948 [et consultable aux archives Départementales sous la cote DELTA 3320], "Vincent DELPUECH a bénéficié de puissantes protections" et, après plusieurs mises en cause jusqu'en 1950, n'a finalement pas été réellement considéré comme collaborateur par les tribunaux. Si on écrivait aujourd'hui que DELPUECH était un collaborateur, on aurait sans doute droit à un procès en diffamation.
Il suffit cependant de lire son journal "Le Petit Provençal" [Cote 7 Mi 172 à 176 aux Archives Départementales à Marseille] pour être vite convaincu, voire écoeuré, de la servilité de la rédaction de ce journal vis-à-vis de l'occupant.
On y lit des interprétations tendancieuses qui allaient bien au-delà de ses simples obligations de survie du journal [annonçant par exemple le 19 novembre 1941 "d'importants perfectionnements apportés aux lois anti-juives" , ou le 26 novembre 1942 "Un nouveau convoi d'ouvriers marseillais est parti hier pour le Reich".... avec "le même enthousiasme" ... exprimant "leur satisfaction d'accomplir un grand acte de solidarité" ].
D'autres journaux comme "Le Petit Marseillais" ou « Le Soleil », furent cependant accusés par la Cour de Justice les 5 et 6 novembre 1946 [consultable aux archives Départementales], d´avoir « dans le courant des années 1941 à 1944, participé à une entreprise de démoralisation de l´armée ou de la nation, ayant pour objet de nuire à la défense nationale, notamment en publiant des articles en faveur de l´ennemi, de la collaboration avec l´ennemi, et des doctrines totalitaires, et ce, en vue de favoriser les entreprises de toute nature de l´ennemi »
"En conséquence, la cour
Prononce la dissolution de la société.
Prononce la confiscation générale de son patrimoine au profit de la nation.
Fait interdiction à la société de procéder à la reconstitution, sous quelque forme que ce soit."
* * * * * * * * * * * * * * * * *
Aujourd'hui l'association "Litteralis" désire très justement célébrer le 70ème anniversaire de l'inauguration de cette école par Jean ZAY et Vincent DELPUECH, et nous l'en félicitons.
Nous estimons cependant qu'il existe une différence fondamentale entre ces deux personnages et qu'il ne peut être question de les mettre sur pied d'égalité, même à Peynier: un maire et un ministre, un journaliste et un pédagogue, un directeur de journal d'occupation et... un résistant....
Il ne pourrait être surtout question, comme Christian Burle en déclare l'intention, d'ériger une statue de Vincent Delpuech, directeur du journal marseillais pendant l'occupation.