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Qui je suis ?

Enseignant de sciences économiques et sociales

 

Marié, père de 2 enfants

 

Conseiler municipal d'opposition de 2001 à 2008

Militant socialiste

Engagé aux côtés d'Edouard Baldo

 

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Ouvrage décroissance

La crise écologique est là. Même les plus sceptiques ne peuvent en douter. Réchauffement climatique, pollutions croissantes, cancers en hausse constante, extinction de plus en plus rapide des espèces, raréfaction des ressources pétrolières. Face à ces destructions engendrées par notre système économique devenu fou, certains écologistes s’opposent au développement durable et parlent de plus en plus de décroissance. Comme si c’était l’unique solution. Mais la décroissance n’est pas seulement une remise en cause de la dépendance énergétique de notre système économique. Derrière ce mot vague de décroissance se cache une idéologie plus vaste aux alternatives plus que discutables. Au nom de l’anti-occidentalisme, de la critique du progrès et de la rationalité, nombre de décroissants défendent des thèses inquiétantes, sur la critique de la modernité, la place des femmes, la démographie, la respiritualisation de la société. C’est cette face cachée de la décroissance qu’explore cet ouvrage.

 Cyril Di Méo, élu et militant écologiste à Aix-en-Provence est aussi enseignant de Sciences Economiques et Sociales.

 «Cyril Di Méo grâce à la connaissance approfondie qu’il a à la fois des écrits des grands ancêtres de l’écologie politique et de ceux de la mouvance décroissanciste inscrit ce courant dans une histoire longue, en identifiant les origines et le cheminement de cette pensée. Il montre précisément la gravité des implications du discours décroissant, notamment vis-à-vis des pays du Sud et des femmes. Un ouvrage sans concession, mais aussi sans dérapages, Cyril Di Méo s’en tient toujours très précisément aux faits, aux écrits pour étayer ses conclusions. Il conclut d’ailleurs son ouvrage en indiquant que « l’écologie doit faire le pari de l’intelligence de la raison ». Et c’est bien ce à quoi il s’attelle fort utilement avec ce livre ». 

 Guillaume Duval, Rédacteur en chef d'Alternatives Economiques.

   ISBN: 2-296-01224-8

 Achat en ligne

http://www.amazon.fr/gp/product/2296012248/ref=sr_11_1/171-1636061-8438610?ie=UTF8

http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=21965

22 février 2006 3 22 /02 /février /2006 22:18

On peut lire avec beaucoup d'interet le blog de laurent Ozon responsable de la revue "Recours aux forets". Il y défend une vision de l'écologie profonde qui va de Earth First à Tedyy Goldsmith en passant par De Benoit et Serge Latouche. Même si ce n'est pas ma vision de l'écologie le positionnement a l'avantage de la cohérence.

On lira aussi avec interet l'interview que lui donne Serge Latouche.

En voici un extrait assez long mais à mon avis très instructif. Il s'agit de savoir comment Latouche définit la Raison.

 

L.R.A.F. En ouverture de la troisième partie de votre livre « La Mégamachine », vous citez cette phrase de Heidegger : « Seulement, un dieu peut encore nous sauver. Il nous reste pour seule possibilité de préparer dans la pensée et la poésie une disponibilité pour l’apparition du dieu ou pour l’absence du dieu dans notre déclin ». En même temps, vous avancez une « éthique du raisonnable », que vous opposez à la rationalité purement instrumentale et qui serait susceptible de nous sortir de l’impasse représentée par la Mégamachine. Pourriez-vous donc préciser votre pensée. Si l’on se range à votre critique de la rationalité, de la rationalité économique en particulier, et que l’on souhaite amorcer une sortie des impasses de la Mégamachine, Que reste-t-il de la raison ? Plaidez-vous pour une nouvelle rationalité ou en faveur d’une prise de conscience de ses limites intrinsèques et donc en faveur d’une reconnaissance du caractère permanent et fondamental du Sacré et d’un nécessaire réenchentement du monde?

Serge Latouche : Je ne pose pas la question dans les termes où vous la posez, même si votre formulation est pertinente. En fait, dans mon dispositif théorique, je n’oppose pas la rationalité à une autre rationalité, mais la rationalité au raisonnable. En simplifiant beaucoup, on peut dire que la raison avait deux voies chez les grecs, le logos et la phronésis, cette dernière étant la sagesse. Le logos a pris un développement fantastique qui a complètement éliminé la phronésis, en devenant la raison rationnelle, c’est-à-dire la raison calculatrice. La rationalité a trouvé son domaine d’épanouissement fantastique dans l’économie, c’est-à-dire dans le calcul économique. Et il est tout à fait remarquable que, à partir de l’épanouissement du calcul économique, toutes les références au rationnel sont toujours avec en arrière fond une pensée d’économique. C’est d’ailleurs tout à fait normal puisque la raison s’est d’abord épanouie dans les mathématiques et la mathématisation du social s’est faite dans l’économie. Pour Max Weber « Le droit bourgeois est un droit rationnel » par opposition au droit des autres sociétés. C’est-à-dire un droit sur lequel on peut compter comme sur du calcul économique, le droit rationnel devrait ainsi être un droit calculable, John Rawls parle quant à lui d’une justice rationnelle au sens de la rationalité économique, et la rationalité économique c’est la rationalité quantifiante.

Alors, il peut être légitime d’obéir à un calcul rationnel lorsqu'on achète des actions à la bourse, mais lorsqu'on fait de même pour régler des problèmes qui concernent les hommes, il est déraisonnable de se fier uniquement au calcul. Parce qu'on a toujours affaire dans le social à des valeurs, de justice, de liberté etc. On ne peut plus se fier au calcul, puisque cela suppose que l’on ait éliminé les valeurs ou que l’on situe son action à l’intérieur d’une valeur unique. Pour prendre un problème concret : faut-il ouvrir le marché français et européen sans limites à la concurrence extérieure ?. Il y a des arguments pour et d’autres contre, on les connait depuis trois siècles. Or, tout d’un coup, par une espèce de coup de force, la pensée unique économique nous impose sa rationalité, c’est l’ouverture totale, le libre-échange absolu. C’est tout à fait déraisonnable : on va ruiner des milliers de gens, on va détruire des centaines de savoirs, de traditions pour ne les remplacer par rien ou par peu de choses. C’est donc une décision que l’on doit délibérer démocratiquement en soupesant le pour ou le contre.

Alors, la Mégamachine techno-économique fonctionne à la rationalité, une rationalité à la fois économique et technicienne, qui finalement est déraisonnable, puisque la raison ne peut pas se donner à elle-même ses propres fins. Et cela les Grecs l’avaient très bien compris : la raison raisonnable, c’est celle qui considère que l’on ne peut pas ultimement trancher de façon démonstrative et définitive. On ne peut trancher que de façon provisoire et délibérative en soupesant les arguments contradictoires. Ceci amène à développer un savoir - qui est totalement différent de ce savoir technocratique qu’est l’économie - et qui était la rhétorique, c’est-à-dire l’art de convaincre et de persuader de la vérité, de rechercher la vérité, de soupeser les arguments de manière à faire aboutir la solution la plus raisonnable dans l’espace des connaissances.

Alors le deuxième problème soulevé par votre question, c’est le désenchantement du monde. La modernité dans sa prétention à construire la société sur la seule base de la raison rationnelle, amène à créer un monde totalement désenchanté. Et là, bien sûr, les deux aspects de votre question se rejoignent, car les sociétés antérieures pensaient qu’il était raisonnable de suivre la tradition, et éventuellement la révélation. Est-ce que les Grecs croyaient à leurs mythes, à leurs dieux ? Peut-être bien que oui, ou peut-être bien que non. Quand on lit Platon et Aristote on peut être sceptique sur la réalité de leur foi, mais je crois qu’ils pensaient raisonnable de faire mine d’y croire. Ils faisaient un pari pascalien, en se disant que même si les dieux n'existent pas, les civilisations reposent sur des préjugés. Ils savaient que cet enseignement que les anciens avaient déjà suivis avait été amélioré marginalement au cours du temps, et qu’il n’y avait pas de raison de bouleverser radicalement cette tradition. A partir du XVIIIème siècle, en particulier en Europe, on a voulu tout bouleverser, répudier la tradition sous prétexte qu’elle n’était pas démontrée rationnellement. Les sociétés humaines doivent aujourd’hui affronter et supporter une indétermination fondamentale, une espèce de vide au centre. Alors au MAUSS on dit quelque fois qu’il faudrait au fond une transcendance immanente (rire). C’est-à-dire qu'il faut accepter cette indétermination fondamentale. Il y a en effet une espèce d’indétermination fondamentale du social, dont il faut reconnaître qu’elle nous dépasse. Il faut accepter par conséquent, le fait que nous vivons dans des sociétés qui ne seront jamais totalement rationnelles, et qui doivent chercher leurs racines dans des traditions particulières. Evidemment, l’imaginaire démocratique dont nous avons hérité nous donne certaines bases pour affronter cette indétermination. En fin de compte la solution la plus raisonnable, c’est d’en débattre collectivement et de se ranger à la solution qui satisfait provisoirement le plus grand nombre, quitte à ce que cette solution soit remise en question lorsque le plus grand nombre a changé d’idée, a évolué.

 Que peut on dire de cela ?

Il semble que Latouche réduit la raison à sa conception utilitariste. Ainsi rationalisme et rationalisation  ou maximisation de son intéret sont confondus. On trouve là un des errement provoqué par les thèses du Mauss. Toute démarche d'objectivation et de compréhension du réel est perçu comme une mathématisation et une économicisation du monde. Comme s'il n'était pas possible de quantifier sans échanger de mesurer sans vendre... La raison est perçue comme le vecteur de l'interet. Arraisonner scientifiquement le monde revient à le faire basculer dans le monde de la marchandise..

Je n'arrive pas à me résoudre à faire ce pas là. Il me semble trop ahistorique et si il peut se comprendre d'un point de vue de la science économique où la mathématisation de la discipline est très forte il me semble très réducteur. Là encore une fois je préfère Bourdieu et sa conception d'une raison reflexive aux incantations néoprophétiques de Latouche. D'ailleurs en ce sens le bouquin de Bourdieu sur "L'ontologie politique de martin Heidegger" est un chez d'oeuvre de déconstruction de ces discours anti scientifiques d'inspiration heidegerrienne en montrant qu'ils sont principalement des discours de marginaux des champs scientifiques...

Car cette vision ne peut finir que dans un appel à la tradition ou aux poètes  pour réenchanter le monde. Hélas le monde ne sera plus jamais celui des mythes passés car la science l'a emporté dans ces explications sur nombre d'interpretations que les sociétés avaient construit jusque là.   La Terre ne sera jamais plus plate même si l'on pourrait croire que l'on vivait mieux (ce dont je doute) dans un monde clos structuré par des systèmes symboliques "faux" (la notion de vérité à certes des limites mais on ne peut faire comme si l'hypothèse la terre est plate équivalait à celle la terre est presque ronde)..C'est cela le tragique de l'existence qu'il faut avoir la lucidité de regarder en face.  Cette brisure provoquée par la modernité et la science est inéluctable, irréparable. Et c'est la raison objectivante qui qu'on le veuille ou non a créé cela. Et la puissance explicative (malgré ses limites) est sans commune mesure avec celle des mythes. C'est pour cela que l'on ne peut renoncer à la raison...

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22 février 2006 3 22 /02 /février /2006 21:58

Bon je trouve une petite perle (parmi tant d'autres ) dans le bouquin d'entretien de jean Marie Pelt "L'avenir droit dans les yeux" avec Martine Leca. (Le livre de poche 2003).

Ainsi on lira à la p 132 les propos suivants.

 

M.   L.: Mais ce sont tous nos comportements qu 'il faudrait changer... Comment, dès lors, inverser la tendance ? Comment gérer la pla­nète sans l'user ou l'épuiser ?

 J.-M. P. : Hormis les Indiens dont on se souvient un peu tard, après les avoir tant opprimés, nous avons tous une approche violente, agressive, disons masculine de la Terre Or l'écologie est féminine. Ne dit-on pas la Planète, la Nature, la Terre, la Vie? L'écologie, l'humanité sont aussi des concepts féminins. La femme est des­tinée à être mère, à protéger, à éduquer, à jar­diner le corps de son enfant. Aussi est-elle plus préparée, me semble-t-il, à recueillir et promou­voir les valeurs de l'écologie. D'où le rôle cru­cial de la femme dans la société civile, mais aussi dans l'éducation des enfants. Ils devraient être familiarisés dès le plus jeune âge avec les valeurs de l'écologie: la nature s'apprivoise dès la maternelle. C'est ce que nous faisons, à Metz, où les jardins d'enfants ont tous un vrai petit jardin pour les enfants.

On y trouve tous les stéréotypes sexistes de la femme plus insérée dans la nature que l'homme. Et dire que ce gars vend des miliers de livres...et anime de nombreuses conférences ou manifestations pour défendre cette écologie.

 

La dernière partie du bouquin sur "La question du sens" est aussi assez étonnante par la promotion de la spiritualité et de Dieu comme source de l'écologie qu'elle fait . Ce sera surement dans un prochain message....quoi que !!! Comme dirait Pierre -O des fois il vaut mieux lever le pied. Mais bon j'ai encore espoir qu'une écologie progressiste puisse exister.

 

 

 

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20 février 2006 1 20 /02 /février /2006 18:02

Une interprétation des thèses d'Ellul suite à mes lectures .

Jacques Ellul, un prophète, pour la décroissance.

Que trouve-t-on chez Ellul qui intéresse les tenants contemporains de la décroissance ? Jacques Ellul[1] est un pamphlétaire, sociologue et surtout théologien peu connu en France malgré la cinquantaine d’ouvrages qu’il a publiés. Son œuvre est composée de deux grands volets indissociables, une réflexion sur la Technique et une réflexion théologique. Pour cet universitaire bordelais des années 50, toujours resté marginal dans l’université française, la sociologie, la philosophie et la théologie, entre lesquelles il ne fait d’ailleurs pas beaucoup de différence, amènent à une critique du progrès et de la technique comme système de déshumanisation. Son œuvre est enracinée dans une pensée religieuse orientant une critique du monde moderne. Pour Jacques Ellul[2], la Technique, qu’il distingue de la technologie, est pensée comme un fait social total structurant l’ensemble de l’ordre social. La technique est un véritable système, un dispositif de rationalisation du cosmos générateur d’outils modifiant complètement la vie des individus. Le terme de technique recoupe alors un ensemble assez hétérogène d’éléments, un système de croyances basé sur le mythe de la Raison et du Progrès. La science est de l’orgueil, un déni de la mort lié à un abandon de la spiritualité. L’homme pense pouvoir lutter contre sa finitude en analysant et objectivant le cosmos de manière à le maîtriser et le prévoir. Cette maîtrise et cette prévision amènent à la transformation des conditions sociales et technologiques des êtres humains. Pour Ellul, cette vision relève de la croyance, qui s’est, hélas selon lui, déplacée du sacré classique à la science.[3] Toute représentation du futur n’est donc pensable que de manière indescriptible et indéfinie. La seule chose que je peux savoir c’est que je ne saurais jamais rien. En cela d’ailleurs, Ellul reprend sans le citer les bases des analyses pessimistes de Nicholas Georgescu-Roegen. Pour Ellul, l’idée de Raison n’est que la traduction d’une déraison qui veut tout maîtriser, modifier, normaliser. Et ceci se traduit par le développement et la croissance du système économique. Mais plus que cela, ce sont toutes les activités humaines qui sont passées au crible de son analyse. Du rock à l’art contemporain en passant par l’informatique ou la publicité, Ellul essaye de montrer comment toutes les activités humaines ont perdu leur sens en se technicisant. Cette technicisation correspond pour Ellul à une étatisation, une bureaucratisation et une militarisation inéluctable de l’ordre social. Sans nuance, il nous décrit une humanité totalement dépossédée de son être par la Technique. La technologie est alors comparée à du « terrorisme feutré ». La terreur règne grâce à l’acclimatation progressive des individus au divertissement et aux gadgets techniques. Les objectifs d’efficacité et d’uniformisation sont les maîtres mots du système social occidental contemporain. C’est pourquoi selon lui, il faut s’attaquer au système productiviste qui cherche une croissance permanente de l’efficacité et de la production. Il faut refuser le développement qui transforme les structures sociales traditionnelles pour les remplacer par un égoïsme et un individualisme cachés dans les oripeaux du système technique. La technique empêche les interactions symboliques entre les individus. La technique ne supporte pas les « discriminations irrationnelles » et les « structures fondées sur la croyance »[4]. La technique déstructure les sociétés avec son « exigence d’égalité » qui est le produit de l’application illimitée de la technique ». Et il semble le regretter, « toute inégalité, toute discrimination (par exemple raciale), tout particularisme sont condamnés par la technique car celle ci ramène tout à des facteurs commensurables et rationnels ». C’est ce rôle social de la technique qu’Ellul déplore. Il affirme en ce sens : « La technique […] présuppose un univers à sa propre dimension, et par conséquent ne peut accepter aucune limite préalable. Tout le monde est d'accord pour déclarer que la recherche scientifique doit être libre et indépendante. De même la technique. Si bien que nos modernes zélateurs pour l'abolition de la morale sexuelle, de la structure familiale, du contrôle social, de la hiérarchie des valeurs, etc., ne sont rien d'autre que les porte-parole de l'autonomie technicienne dans son intolérance absolue des limites quelles qu'elles soient : ce sont de parfaits conformistes de l'orthodoxie technicienne implicite. Ils croient combattre pour leur liberté mais en réalité, c'est la liberté de la technique, dont ils ignorent tout, qu'ils servent en aveugles esclaves du pire des destins. »[5] Tel un « processus cancéreux », la technique détruit la société.

La sortie du système technicien ne peut se faire que par une conversion spirituelle. L’écologie est alors consubstantielle d’une reconstruction spirituelle des « personnes ». Jacques Ellul sera d’ailleurs lié dans les années trente aux cercles personnalistes d’Emmanuel Mounier. On retrouvera cette conception écologique assez clairement expliquée dans son analyse de la ville. Car pour lui la ville est par excellence le monde de l’homme créé par lui et pour lui, mesure de sa grandeur, expression de toute civilisation, mais en même temps le témoin de la démesure humaine, œuvre de l’avidité d’argent et d’ambition, dont les hommes deviennent esclaves.[6] Filant la métaphore biblique, Ellul compare la ville à Sodome et Gomorrhe et Babel. Elle est conçue comme un lieu de perdition. La Ville est maudite puisque son premier fondateur n’est autre que Caïn, responsable d’un fratricide. On retrouvera d’ailleurs ce type de critique chez Bernard Charbonneau dans son ouvrage « Le jardin de Babylone »[7] qui dénonce les méfaits de Mégalopolis la « ville totale ». Cette même critique est reprise quasiment mot à mot de nos jours par Pierre Rabhi et les décroissants. L’écologie ne peut être que rurale. Ainsi, Pierre Rabhi et les décroissants réactivent le modèle d’une campagne pure[8], d’une « douce France » qui trouve un écho, de nos jours, au vu de la peri-urbanisation généralisée et paradoxalement suite à la disparition des ruraux après le « triomphe de l’urbanité ». La ville est dénigrée pour ce qu’elle porte comme image de « progrès »[9] et de « centralité ».

 Pour Ellul, le refus du système technicien et de tous les aspects du monde moderne se fait au nom de la liberté que crée l’Evangile. L’être humain doit se retrouver grâce à la foi. S’inspirant de l’Ecclésiaste et considérant que « vanité tout est vanité », Ellul estime que c’est dans l’ascétisme que se trouve l’alternative au système technicien. Cette libération ne peut pas avoir lieu dans le cadre politique car la suprématie de l’aliénation technique rend la politique impuissante. Pour Ellul, l'homme occidental moderne pense à tort que tous les problèmes sont susceptibles d'une solution par la politique, laquelle devrait réorganiser la société. Or, selon lui, la politique ne permet de résoudre que des problèmes administratifs, des problèmes de gestion matérielle de la cité, des problèmes d'organisation économique. Elle ne permet pas de répondre aux problèmes personnels, celui du bien et du mal, du vrai et du juste, du sens de sa vie, de la responsabilité devant la liberté... Cette conviction que les affrontements intérieurs de la personne comme la réalisation extérieure des valeurs sont affaire collective et trouveront leur solution dans l'aménagement politique[10] n'est que la face mystifiante de la démission personnelle de chacun devant sa propre vie. Selon lui, c'est parce que je suis incapable de réaliser le bien dans ma vie que je le projette sur l'Etat qui doit le réaliser par procuration à ma place. C'est parce que je suis incapable de discerner la vérité, que je réclame que l'administration la discerne pour moi. Le salut est alors apolitique, individuel et spirituel. Ellul n’aura d’ailleurs de cesse de chercher à mélanger christianisme et anarchie dans une critique du pouvoir et de toutes les institutions. Le salut ne viendra donc que suite à une disparition des institutions, notamment de l’Etat, et au retour de la liberté des individus, plus précisément des « personnes ». Car tous les Etats ont révélé leur vraie nature dans les systèmes totalitaires que sont le nazisme et le communisme. Des systèmes comparables au notre par l’emprise des dispositifs bureaucratiques et techniciens qu’ils valorisent. Tout système politique est alors comparé à un système de propagande. On trouve quasiment la même argumentation chez Bernard Charbonneau, ami bordelais de Ellul qui poussera encore plus loin l’aspect libertaire de cette critique du système capitaliste et technique.

 Devant un tel système, l’homme est totalement dépossédé. L'espoir de transformer le monde est faible. Ellul ne voit alors que l'espérance, au sens religieux, pour s’opposer au monde. Pessimisme et espérance sont donc liés car l’espérance passe par la critique de toutes les illusions. La critique de ce monde moderne est totalement enracinée dans le message biblique. On retrouve, comme chez Nicholas Georgescu-Roegen, l’idée d’un processus de destruction, mais non fondée sur des notions de physique ou de biologie. La spiritualité, le retour à l’essence de l’Etre[11] est le seul moyen de lutter contre ce « cancer » qu’est le système technicien. Le discours d’Ellul comme tout discours spiritualiste est très fortement lié à l’angoisse de la mort que crée le monde moderne.

 

 

 

 

 

 


 

[1] Jean Luc Porquet, Ellul, l’homme qui avait presque tout prévu, Le cherche midi, 2003, 286 p.

[2] Jacques Ellul, Le bluff technologique, Hachette, réédition 1988 et Jacques Ellul, Le système technicien, Calmann Lévy 1977.

[3] Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, Paris, Arthème Fayard, 1973.

[4] Jacques Ellul, Le système technicien, Calmann Lévy 1977, p 82.

[5] Jacques Ellul, Le système technicien, Calmann Lévy, 1977, p 167.

[6] Jacques Ellul, Sans feu ni lieu : signification biblique de la Grande Ville, Paris, Gallimard, 1975.

[7] Bernard Charbonneau, Le jardin de Babylone, Paris , Encyclopédie des nuisances, 2002.

[8] Jean Viard, Bertand Hervieu, Au bonheur des campagnes, L’Aube, 2005, p. 42.

[9] Ibid, p. 136.

[10] Jacques Ellul, L'illusion politique, Paris, Robert Laffont, 1965, Livre de Poche, 1977.

[11] Ellul occupe en France la place que pourrait prendre la philosophie de Heidegger. L’absence de référence à Heidegger et l’utilisation très fréquente de Ellul peut s’expliquer par l’absence de culture philosophique chez les décroissants contemporains qui par leurs trajectoires professionnelles viennent plus de la publicité, du marketing, du spectacle, des sciences humaines que de la philosophie.

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19 février 2006 7 19 /02 /février /2006 18:06

Un de mes nouveaux visiteur sur ce blog m'indique que je n'ai pas lu Ellul pour l'accuser d'ontologiser la technique et de le voir tenir des propos réactionnaires. Je vous propose donc une petite citation .

 

Ellul nous propose une représentation surprenante de l’accroissement de la population lié à l’immigration. Ellul dans "le bluff technologique" affirme : « Maintenant, le tiers-monde est muni d'une idéologie puissante mobilisatrice, l'islam. […] Or, c'est une idéologie à la fois unificatrice, mobilisatrice, et combattante. À partir de ce moment, nous allons être engagés dans une véritable guerre menée par le tiers-monde contre les pays développés. Une guerre qui s'exprimera de plus en plus par le terrorisme, et aussi par «l'invasion pacifique». [Il] se produira inévitablement l'infiltration croissante des immigrés, travailleurs et autres, qui par leur misère même attirent la sympathie et créent chez les Occidentaux des noyaux forts de militants tiers-mondistes. Les intellectuels, les Eglises, le P.C., pour des raisons diverses, seront les alliés des immigrés et chercheront à leur ouvrir les portes plus largement. Toute mesure prise par le pouvoir ; soit pour les empêcher d'entrer, soit pour les contrôler, rencontrera une opinion publique et des médias hostiles. Mais cette présence des immigrés, avec la diffusion de l'islam en Europe, conduira sans aucun doute à l'effritement de la société occidentale entière. Par suite de la déraison manifestée depuis vingt ans par nous, l'Occident va se trouver, sur le plan mondial, d'ici vingt-cinq ans, dans l'exacte situation actuelle de la minorité blanche d’Afrique du sud, face à la majorité noire. Et cela aura été, à longue distance, l'effet de la technicisation, jouant à deux niveaux comme nous l'avons montré [1]».

 

Moi je trouve cela assez détestable  et réactionnaire comme propos.


 

[1] Jacques Ellul, Le bluff technologique, Hachette littérature, 1988, p 428.

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8 février 2006 3 08 /02 /février /2006 13:55

 

Je reçois ces jours ci quelques commentaires sur mes propos tenus sur les décroissants et les partisans de l'anti développement.

 

Je suis d'abord interpellé sur le sens d'une défense de l'humanisme et le caractère préscripitif de mes propos (usage du verbe "devoir").

C'est un peu dur d'avoir à expliquer pourquoi il faut être humaniste. Je n'ai pas le temps de débattre des discours des thèses des auteurs post modernes qui comme Lyotard, Foucault, Maffesoli etc.. expliquent la mort de l'humanisme et leur attaque des Lumières et de sa philosophie de la raison. Mais je crois que nous touchons au coeur des ambiguités du concept de décroissance.

Ces ambiguïtés, on les observe dans certaines critiques de la rationalisation et marchandisation du monde. Ainsi, on appréciera de trouver dans les revues comme L’Ecologiste ou La Décroissance des dénonciations répétées de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) et de la mondialisation. Mais cette critique s’exerce principalement sous couvert de critique de la marchandisation du vivant et du refus de l’économicisme.  A travers la marchandisation, c’est la modernité, la science et la technique qui sont mises en accusation. C’est ce type d’idées que l’on retrouve chez François Partant dans ses articles du Monde diplomatique et de Champs du Monde. Ces critiques assimilent la science au capitalisme. La science n'est vue que comme une argumentation basée sur le pouvoir d’arraisonnement et de destruction de la vie par la technique. C’est d’ailleurs dans la brèche de cet anti-scientisme que se love le concept de décroissance. Les marxistes avaient inventé les explications monistes du capitalisme à partir des infrastructures économiques, les décroissants lui ont substitué un monisme techno-scientifique. On notera en cela une différence avec l’analyse de Nicholas Georgescu-Roegen qui posait lui les bases d’une l’écologie inspirée de la science. Ainsi il était partisan de la fusion nucléaire, alors, que les tenants contemporains de la décroissance s’opposeront seulement par anti-scientisme à ce projet. La raison est le mal en soi car elle arraisonne l’Etre, elle déshumanise[2] et prépare le règne des savants fous. Le système rationaliste capitaliste et technique est perçu comme la source de la dépossession de soi, la science comme extérieure à l’essence de l’homme. On tombe là dans les ambiguïtés de l’utilisation du concept d’aliénation vue comme une simple dépossession ontologique par la technique. Ellul et Heidegger ont ouvert la voie à cette vision caricaturale de la technique. Ceci avec une posture plus philosophique que sociologique ce qui les amène à ontologiser la technique de manière très discutable. Or je ne pense pas que les sociologues des techniques acceptent de parler d'une essence de la technique.

Sur cette confusion entre raison et capitalisme dont un auteur comme Serge Latouche est spécialiste (voir L'invention de l'économie ou l'occidentalisation du monde), on observe aussi les impasses d’une certaine interprétation du freudo-marxisme. Ainsi, la légitime critique de la raison instrumentale bascule dans un relativisme mettant sans nuance sur le même plan science et croyance. La science ne serait qu’une croyance parmi d’autres, voire une croyance pire que les autres car elle aurait des effets négatifs sur l’humanité que n’ont pas les sagesses traditionnelles. La critique de l’arraisonnement scientifique occidental du monde produit par la « modernité » se transforme en défense de toutes les « supposées » formes « pré-modernes » de pensée[3]. Adorno et Horkheimer dans "La dialectique de la raison "étaient allés aux limites de cette position sans sombrer dans la défense de la croyance comme un mode de pensée équivalent à science. Je n'ai pas le temps d'expliquer Popper et Lakatos mais je crois que leur rationnalisme historicisé est la clé d'une vision éclairée du monde et d'une conception non hégémonique de la science. Bourdieu explique cela de manière lumineuse dans "Science de la science et reflexivité". Il montre que l'historicisation et la contextualisation historique et culturelle de la raison ne doivent pas nous amener à jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais c'est vrai que la démarche est difficile et ne se prête pas aux effets de manche fait dans certains journaux.

 

 

Ce que l’on peut aussi se demander c’est quelle est cette essence dont nous serions dépossédés par la science et la technique. Il y a là, un fantasme sans aucune réalité. C’est un naturalisme, qui construit l’image mythique d’un monde qui n’a jamais existé, d’un être humain totalement imaginaire. C’est une représentation qui fait l’impasse complète sur l’apport des sciences sociales. Ce naturalisme, le philosophe tragique Clément Rosset l’analyse dans son ouvrage l’anti Nature[4]. Il montre que l’idée de nature renvoie le plus souvent à la représentation d’un tout naturel supposé organisé et finalisé. Il faut fantasmer un monde pur, organisé et équilibré que l’action de l’homme artificialiserait ou corromprait pour pouvoir dénoncer l’aliénation et l’inauthenticité de ce monde moderne. A l’opposé de cette idée, dans une logique matérialiste, Clément Rosset nous invite à penser que la nature est le fruit du hasard. Faisant un détour par la psychanalyse, il explique que toute recherche d’un ordre supposé naturel n’est que la transposition des angoisses des individus devant le tragique de l’existence. Il s’agit de chercher un cadre stable pour calmer ses angoisses devant la perpétuelle contingence de la vie et les aléas du monde. L’inéluctabilité de la mort et le non-sens de l’existence amènent les individus à s’inventer des mondes idylliques et des ordres naturels rassurants. Ce sont paradoxalement ces représentations qui sont aliénantes. Elles refusent l’acceptation de la finitude de l’homme dans l’infinitude du monde. L’homme doit accepter cette situation pour ne pas vivre dans des « arrières mondes » religieux. Cette angoisse de la finitude ne doit pas être transférée n’importe comment sur les limites de la planète. Sinon le catastrophisme et le pessimisme décroissants ne sont qu’un moyen de se débarrasser de ses angoisses de mort.

 

 

 

Le combat politique ne peut pas se mener au nom de la nature contre la diffusion de l’artifice et de la technique. Le combat doit se mener au nom de ce que Philippe Corcuff[5] appelle l’éthique de la fragilité de l’être et les lumières tamisées de la raison. C’est à dire des éthiques acceptées collectivement et basées sur l’acceptation de la fragilité et de la contingence du monde. Le monde n’est pas à sauver car il est naturellement ordonné. Il est à sauver, car c’est un équilibre fragile né du hasard qui l’a rendu possible. C’est de l’incertitude, et non d’une peur d’avoir transgressé mère nature que doit naître le désir d’action écologique. C’est parce que certaines choses sont le produit d’équilibres fragiles, le plus souvent contingents que l’on doit les défendre. C’est parce qu’il n’y a rien à attendre d’une force naturelle ou surnaturelle qui corrigerait les actions de l’être humain que l’on doit agir. L’écologie n’étant pas innée contrairement à ce qu’affirme Edward Goldsmith[6], nous devons bâtir nos conceptions écologiques sur ce pari tragique de la fragilité de l’ordre naturel.

L'humanisme est alors le moyen de construire ce monde partagé à partir des lumières tamisées de la raison. Et même si l'on a assisté à la mort de l'homme comme nous l'affirment certains post modernes qui ont tous les traits de prémodernes..nous devons (oui c'est un discours moral) défendre un universalisme de projet c'est à dire défendre l'ambition commune de créer un monde de protection de l'être humain et de ses droits fondamentaux que sont l'égalité, la liberté d'expression, la liberté de conscience, la liberté de moeurs...

Si l'homme moderne est mort cela ne détruit pas le necessaire projet d'un humanisme éclairé par une raison modeste.



[2] On remarquera dans ce sens les actions de la Coordination Nationale de Répression du Scientisme dite CNRS qui aux Etats généraux de la recherche à Grenoble le 28 octobre 2004 au début des Assises, se sont mis à crier avec ironie les quatre mots : « Ordre, Croissance, Progrès, Rentabilité », « accompagnés de sifflets et de bris de boules puantes ». Ils diffusèrent aussi un tract sur l’ « Irresponsabilité et ignominie du milieu scientifique » accusant entre autres les chercheurs de ne « jamais [avoir] mentionné l'artificialisation de la vie, fatalement devenue le centre du métier de chercheur. Ils ont masqué le rôle de leurs découvertes dans le développement du contrôle social. L'ampleur de la domestication est telle qu'ils ont pu présenter cette image pacifiée sans anicroche. Ils sont pourtant à la pointe du projet de domination totalitaire de l'économie sur la vie. »

[3] Le trajet intellectuel d’un auteur comme Serge Latouche est assez révélateur de cette aporie intellectuelle. Cet ancien tiers-mondiste défenseur dans les années 70 d’une vision freudo-marxiste inspirée de l’école de Francfort, s’est au fil du temps transformé en défenseur des traditions et sagesses traditionnelles.

[4] Rosset, Clément, L’anti-nature, PUF, Quadrige, Paris, 1990.

[5] Philippe Corcuff, La société de verre, Armand Colin, Paris, 2002, 255 p.

[6] Edward Goldsmith, ibid, p 53.

 

 

 

 

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7 février 2006 2 07 /02 /février /2006 14:30

 

Je reçois un mel assez étonnant d'une personne (Y S qui visiblement s'occupe du parti décroissant mais que je ne connais pas)  qui m'accuse de défendre l'ignoble Liepietz (son nom est Lipietz) qui a écrit dans la revue Krisis. Lipietz dont les propos et les nombreux bouquins ne suffiraient pas à prouver qu'il est humaniste et opposé à tous les discours de la Nouvelle droite. Je confirme qu'à ma connaissance Lipietz a toujours défendu des thèses féministes et un humanisme éclairé. Ce qui ne me semble pas être le cas de la revue la décroissance (lire mes autres articles et les citations de Latouche, Rabhi, Grinevald...) Je vais pas revenir sur les horreurs écrites par exemple sur les femmes par P Rabhi ou René Hervé Martin membre de la décroissance...

Mais ce que je préfère c'est la fin du commentaire "Dans la vie il faut être clair. Quelqun, avec le parcours politique de Lipietz sait exactement ce qu'il fait lorsqu'il écrit dans Krisis : il joue aux intellectuels écalirés. Et toi tu l'absous gracieusement. Comme tu as mis le lien du blog de Lipietz, je te propose de mettre le lien du Parti pour la Décroissance. Au moins j'aurais la preuve que ton sens de l'équité est respecté sur ce blog politique.

Ce que je ne comprends pas c'est ce mode d'argumentation . ça veut dire quoi ?  Lipietz est horrible donc je (au fait merci de garder le tutoyement pour vos amis) peux mettre en lien un site tout aussi horrible....le votre ???  L'équité serait alors de considérer que tout se vaut...je devrais donc mettre en lien par équité tous ceux que je critique sur ce blog  les extremistes de tous poils, les chanteurs que je trouve nuls, les films que j'ai détésté...Quelle conception saugrenue. La vie, l'expression publique.... ce n'est pas une minute pour Hitler une minute pour les juifs....Mon  blog n'est pas "équitable" (comme tous les sites, blog, revues etc...)c'est un espace où je défends à priori de manière limitée  les positions d'un écologiste environementaliste très inquiet de la montée de l'écologie profonde et spiritualiste en France (le tout avec l'aide et la complaisance d'une écologie libertaire qui a perdu tous ses repères..)

Je ne partage pas les idées de la décroissance je ne mets pas leur site en lien sur mon blog...point. Et je ne demande pas au parti pour la décroissance de mettre en lien les "écolos tartuffes" qu'ils détestent et dont je fais a priori parti...ce qu'ils ne font d'ailleurs pas en mettant la liste de toutes les organisations écologistes passant des cercles FN de défense de la nature, par les fondations de défense de l'environnement de certaines entreprises et les partis écolos de droite...

C'est vrai que ce doit être une posture dure à comprendre pour quelqu'un qui dit avoir combattu T Goldsmith, (communiqué de presse d'ecolo)..et collabore avec des personnes qui trempent leur plume dans sa revue et publient des ouvrages communs (voir Objectif décroissance)..Je pense à H R Martin, Serge Latouche, Pierre Rabhi, Majid Rahnema, François Schneider que l'on peut lire semaine après semaines en alternance dans les revues La décroissance (ils sont d'ailleurs membres du comité de rédaction de ce journal) puis dans la revue l'écologiste (de T Goldsmith). Comme je l'ai dit par mel à  titre personnel à certains décroissants..le reveil où l'opposition à certains personnages très dangereux... est très tardif.....et très limité ou incomplet.  

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5 février 2006 7 05 /02 /février /2006 13:42

Suite à mon commentaire sur le dernière numéro de la revue La Décroissance je reçois 3 fois ce mel.

Monsieur,


Que vous critiquiez la décroissance est votre droit le plus strict, que vous racontiez n’importe quoi l’est tout autant (par exemple : Bruno Clémentin et moi-même sommes les auteurs du dossier « faux amis » figurant en pages centrales du dernier numéro de La Décroissance et qui engage notre journal tout entier). En revanche, que vous me prêtiez des propos calomnieux et diffamatoires à l’exact inverse de tous mes engagements tombe sous le coup de la loi. Ainsi, sur votre « blog », dont on m’a signalé l’existence, vous affirmez que « au nom du refus de l'occidentalisation du monde [je] refuse les écoles, » « justifie[nt] l'excision, » « considère qu'il est culturel de laisser les homos êtres exécutés... » ce qui est dans les trois cas de la calomnie, de la diffamation, tout en étant de désinformation.
Mon parcours politique n’a jamais laissé la moindre équivoque quant à mon combat contre les thèses de la Nouvelle droite. Ce qui, pour votre information, n’est pas le cas du député européen Vert auquel vous vous référez sur votre « blog » et qui a toujours légitimé sa participation à la revue Krisis de la Nouvelle droite.
Je vous demande faire figurer, au nom du droit de réponse, le présent courriel sur la page d’ouverture de votre site internet, et en caractères de taille égale à ceux de votre « article », à défaut de cela, j’utiliserai toute voie de droit pour m’opposer à ces contrevérités.


Je vous prie d’agréer, monsieur, mes salutations.
Vincent Cheynet


11, place Croix-Pâquet
69001 Lyon

 

Je n'ai jamais dit que Vincent Cheynet était pour la nouvelle droite il est même expliqué le contraire sur ce blog puisque je rappelle que c'est pour cela qu''il a quitté le MEI et créé Ecolo ce qui l'honore,  Je le félicite même d'avoir écrit l'article du dernier numéro de la Décroissance contre les "faux amis" (ce que je ne savais pas puisque le texte n'est pas signé). Je regrette seulement que la découverte de ses faux amis soit tardive.. les ouvrages de t Goldsmith , P Rabhi etc étant sur le marché depuis de nombreuses années.

Pour le refus de la construction d'écoles ce propos est tenu par Serge Latouche dans ses nombreux articles et reprend l'analyse de Ivan Illich dans "une société sans école". J'ai  ensuite indiqué que ce qui risque d'arriver lorsque l'on défend un ultrarelativisme (comme le fait fréquemment Serge latouche notamment dans l'Occidentalisation du monde et dans la revue La décroissance) considérant que la science est égale à la croyance. J'ai modifié la rédaction du petit passage concerné pour que cela soit clair. Je confirme ne jamais avoir lu sous la plume de Vincent Cheynet de propos homophobes car je crois ne l'avoir jamais lu sur ce sujet. Je continue cependant à penser que l'écoféminisme défendu par la plupart des décroissants est une horreur.

Je continue aussi à penser que si Alain De Benoit fait un article élogieux sur la décroissance c'est que les nombreuses ambiguités des prises de position des nombreux  tenants de la décroissance  le permettent.

Ps pour l'attitude de Lipietz vis à vis de Krisis je la déplore mais il me semble que l'ensemble des ses ouvrages sont sans aucune ambiguité quant à sa défense des droits humains et sociaux.

 

 

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5 février 2006 7 05 /02 /février /2006 12:07

Voici un extrait d'un entretien entre Laurent Ozon et Teddy Goldsmith publié sur le blog de Laurent Ozon. On  y trouve pour ceux qui n'en étaient pas encore convaincus de tous les arguments de défense d'une vision écologiste communautariste faisant de la famille et des communautés traditionnelles la nécessaire source d'une régénération écologique contre les méfaits du libéralisme et du modernisme.

L . Ozon Alors selon vous, qu'est-ce que recherche l'homme ? C'est le bonheur peut-être, mais quel type de bonheur ? Parce que tout est parti de là finalement...

 

T Goldsmith Tous les êtres vivants, y compris les hommes, sont adaptés biologiquement, et cognitivement aux conditions dans lesquelles ils ont évolué au cours des millénaires, et dans leurs milieux de développement. Tout le monde accepte l'idée qu'un tigre est mieux adapté à vivre dans une jungle que dans un hôtel particulier à Neuilly, et que les truites sont mieux adaptées à vivre dans une rivière que dans la jungle où habite le tigre. Il n'y a absolument aucune raison pour que ce principe ne s'applique pas aussi bien à l'homme.

 

Or, si on modifie ces conditions, il se crée des déséquilibres correspondants. C'est la thèse de Stephen Boyden, biologiste à l'Australien National University de Canberra. Pour lui, les symptômes de ce mal-ajustement biologique sont les « maladies de civilisation », c'est-à-dire le cancer, la sclérose, le diabète, les varices et les caries dentaires. Autant de maladies dont l'incidence est extrêmement faible dans les sociétés dites primitives et ne cessent d'augmenter avec le progrès scientifique, technologique et industriel.

 

Il ne faut pas oublier que pendant la quasi totalité de notre évolution, on a vécu dans des unités familiales et communautaires extrêmement cohésives. Or, avec ce que l'on nomme progrès, les appartenances sociales de base se sont désagrégées, et nous vivons aujourd'hui dans des sociétés parfaitement atomisées. Il en résulte forcément une autre série de «  mal ajustements sociaux  » dont les symptômes sont la délinquance, la criminalité, l'alcoolisme, la drogue, la schizophrénie et les suicides, auxquels se livrent des populations désespérées, incapables de s'adapter à un milieu social intolérable.

 

En somme, selon moi, le bonheur consiste à mener le genre de vie auquel nous avons été adaptés pendant l'évolution, c'est-à-dire dans une culture, dans un cadre biologique et social qui se rapproche le plus de celui dans lequel nous avons évolué. De pouvoir mener ce genre de vie, devrait être, et de très loin, le plus important des droits de l'homme.

 S' il y a quelque chose qui se dégage de ce que vous dites, c'est qu'il faut en revenir à des unités de fonctionnement qui soient à dimension humaine. Mais pratiquement, aujourd'hui, comment voyez-vous ce recours à la famille et à la communauté aujourd'hui ?

 Ceux qui prechent la reconstitution de la famille et la défense de la communauté sont en effet surtout des gens de droite. Or, ces mêmes personnes sont favorables à l'économie globale, qui ne peut qu'avoir l'effet contraire. La raison en est que le développement économique entraîne l'usurpation des fonctions qui ont été remplies jusqu'ici en famille et en communauté, par des sociétés commerciales et des institutions d'Etat.

 

 

 

Presque tout ce qui n'était pas fait par la famille était fait au niveau de la communauté. Le commerce avec la communauté voisine, même avec les pays voisins existait naturellement, et cela jouait un rôle très souvent positif. Aujourd'hui il n'y a presque plus rien qui soit fait dans la famille, même pas la cuisine, une grande partie des plats sont achetés tout cuisinés, et de plus en plus de gens mangent dans les Fast-food.

 

Quant à la communauté, elle n'est plus aujourd'hui qu'une expression géographique. Dans de telles conditions il est parfaitement logique que ces deux unités sociales clés se désagrègent à vue d'oeil. Pour moi la grande priorité aujourd'hui devrait être de les reconstituer, et la première chose à faire pour cela, eh bien c'est de leur redonner des fonctions, or nous allons dans la direction inverse.

 

L'Etat qui a pris un temps le relais de la communauté est en train de se désagréger, et n'est plus capable de remplir les tâches qu'il assumait ces dernières décennies. Il faut donc remettre en état l'organe qui auparavant avait assumé ces tâches. Et quel est cet organe ? Il n'y en a jamais eu qu'un seul, c'est la famille, et la communauté qui est une famille de familles. C'est la seule façon de créer une vraie démocratie et d'éviter une forme de gouvernement totalitaire. Ce que je dis n'est pas nouveau, c'était la thèse principale d'Aristote dans «  La Politique  ».

Il me semble que cette vision de l'écologie qui rompt avec l'environnementalisme (cf un autre article du blog de Ozon) est une rupture avec l'humanisme traditionnel que doivent défendre les écologistes. Le plus ironique c'est qu'au moment ou tous les commentateurs se plaisent à parler de montée du communautarisme dans les banlieus c'est dans la pensée écologique que se fait cette principale résurgence.

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1 février 2006 3 01 /02 /février /2006 20:16

On dirait que Paul Ariès a lu ce blog (mais il y a peu de chances vu les délais d'édition)....en ecrivant l'édito du dernier numéro de La décroissance. Il y attaque avec une certaine rudesse Alain De Benoit et son texte pro décroissance. C'est très bien ..même s'il ne va pas au bout de la reflexion en se demandant pourquoi il y a cette proximité idéologique possible entre son radicalisme écologique et la pensée de la nouvelle droite. Ma thèse est que lorsqu'on ouvre la porte au relativisme absolu, lorsqu'on fait l'éloge de la tradition à l'opposition à la modernité des lumières, quand on s'acharne sur une critique indifférenciée du progrès économique technique et social, quand on dit que Mamère = les pires pollueurs en accusant les partis traditionnels d'êtres pourris et vendus...on a ce genre d'amis.

Sinon dans la même livraison il semble que Ariès s'attaque (enfin ) à Pierre Rabhi et à son discours spiritualiste de régénération morale. Il fustige le nouveau mouvement de Rabhi pour "l'éveil des consciences". Très bien. Il avait du oublié de lire ce qu'ecrit Rabhi depuis 10 ans...

Il attaque même les faux amis de la décroissance mouvements malthusiens, sectes, nouvelle droite, thérapies alternatives...etc...A mon avis une fois tout ça enlevé il va plus leur rester grand monde...et je parie déjà sur une chute dees ventes du journal. Pour preuve la revue de Ariès l'immondialisation s'est cassée la figure très vite (1 numéro) car elle était la décroissance sans la dimension religieuse, anti politique, malthusienne, écoféministe, ruraliste...Ce qui n'a alors aucun interet et revient aux traditionnelles discussions sur l'écologie politique.

Mais..parce qu'il faut bien un mais c'est qu'il continue à avoir Pierre rabhi dans son comité de rédaction, il continue lui et ses amis à collaborer avec T Goldsmith..Mais surtout il semble y avoir derrière cela beaucoup d'opportunisme et d'enjeux politiciens. Ainsi Ariès ne découvre pas aujourd'hui les horreurs qu'il décrit et depuis 2-3 ans il n'en a pas été géné...Et il oublie de raconter voir un post précédent les liens entre silence et la nouvelle droite, entre Latouche et De Benoit...Peut être qu'il fera l'épuration après...quand il y aura plus intéret...Pas très moral tout ça.

Comment comprendre ce soudain changement d'attitude et de posture ???

Je propose une clé de lecture de ce conflit on vera ce que l'histoire nous dira..Mais il me semble que c'est l'enjeu des présidentielles qui motive cette soudaine découverte de l'existence d'horribles réactionnaires (c'est ariès qui utilise le terme) au sein de la décroissance. Rabhi veut aller à la présidentielle et ariès aussi (ou au moins envoyer Bové comme candidat décroissant).... Le tout matiné d'une haine anti Hulot de Cheynet et Ariès...alors que c'est le grand amour entre Hulot et Rabhi depuis leur bouquin..qui rapporte plein d'argent et pourrait financer la campgne présidentielle de Rabhi....Décidemment pour des gens qui crachent sur la politique politicienne....ils se débrouillent pas mal.

Bon moi si ça devient aussi politicien je crois que je vais arrêter mes commentaires anti décroissants pour aller réfléchir philosophiquement à d'autres sujets.

 

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31 janvier 2006 2 31 /01 /janvier /2006 00:28

Une perle pour le plaisir et pour ceux qui me demandent en quoi la décroissance me gène.

Si on lit Pierre Rabhi, la nature masculine technique l’aurait emporté sur la nature naturelle et non technique des femmes car « à [sa] connaissance, il n’y a pas une seule femme qui ait inventé une bielle ou un engrenage ! »[1]. (Merci pour Marry Curry et les autres...) C’est pourquoi on assisterait à une « dégénérescence de l’espèce »[2], un délitement de l’organisation sociale suite au triomphe de la modernité qui a détruit les structures sociales traditionnelles qui privilégiaient les valeurs dites féminines.


[1] Pierre Rabhi, Nicolas Hulot, Graines de possibles, Calmann Levy, Paris, 2005, p. 238.

[2] Ibid, p. 187.

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