Philippe Corcuff dans une tribune dont il a le secret se met à défendre le film Avatar comme une incarnation anti-Cohnbendiste.
Un film partisan d' une écologie anticapitaliste.
J’ai aussi a
priori apprécié ce film où les méchants qui pillent d’autres planètes, (ça nous rappelle quelque chose), qui refusent de faire soigner leurs malades n’en ayant pas les moyens, qui
utilisent le mensonge pour battre leurs adversaires (des vrais méchants), finissent par perdre face à des résistants déterminés. J’ai aussi sur le coup bien aimé ce « Danse avec les
loups » post moderne et futuriste. Tout en bleu, couleur fusionnelle par excellence comme le montre Michel Pastoureau dans "Bleu". Et qui ne succomberait pas, les gentils
gagnent à la fin (ce qui est rare dans la réalité et fait donc plaisir à fantasmer au cinéma). Et puis cela fait toujours plaisir de voir un guerrier des forces du mal basculer du coté lumineux
de la force. Ah la lutte du Bien contre le mal.
Mais… je me
permets de soulever quelques éléments surtout quand à froid j’y réfléchis (ce qu'on oublie de faire dans une salle de 300 personne avec des lunettes bizarres au milieu de gens qui mangent des
seaux de pop corn) ou quand je lis les leçons que Ph Corcuff essayent d’en tirer u (voir sa tribune dans Rue 89 ici
http://www.rue89.com/2010/01/03/avatar-contre-cohn-bendit-lecologie-doit-etre-anticapitaliste-132082?page=4 link). Pour Corcuff la leçon d'Avatar c'est la défense d' une écologie
anticapitaliste non consensualiste. Ce film incarne la nécessité de « révolutions existentielles » :devenir Na’Vis pour sauver notre monde… A tête reposée mon interprétation serait
autre et porte sur la nature régressive de ce film. S'il faut tirer des leçons ou théories, je me dis que l'écologie défendue dans ce film me parait plus qu’ambiguë. Et ce néo
"Grand Bleu" écolo discutable.
Corcuff
souleve lui-même le problème « Certes les Na'vis ont comme un parfum New Age, traînant une vision stéréotypée de la communion de « primitifs » et de la nature. »
mais n’en est pas plus gêné que cela pour en extraire la substantifique moelle : l'anticohnbendisme et la lutte radicale (Conception du conflit et du rapport à la force non angélique que l'on
peut mettre au crédit du réalisateur). Mais que nous raconte ce film ? Que des individus en fusion avec la nature, (c'est peu dire on dirait des ampoules sur un lampadaire) ayant un lien
énergétique et sacré avec la terre (avec des êtres qui n’ont aucune individualité et qui telles des machines dansent en vibration avec le cosmos.. ) peuvent résister à l’ordre
« occidental » et capitaliste. Cette fusion avec la nature téléologique permet de faire triompher la justice. Les guerriers en faisant partager leurs motivations à la Terre mère
et à l’arbre sacré juste avant le grand combat réussisent à la convaincre d'intervenir. Rien de moins.
Corcuff ne fait il pas sien
le glissement latouchien liant le pillage des ressources à l'occidentalisme, avec ce néo bon sauvage ?? Et Ph Corcuff n'est pas plus embêté que cela par une vision spirituelle archaïque
(caricaturale) pseudo animiste, panthéiste ou paienne de la nature qui après avoir entendue la plainte des hommes se venge contre l’envahisseur. "Mais le savoir-faire particulier des auteurs les plus originaux des films et des séries télévisées hollywoodiens consiste justement à prendre appui
sur certains stéréotypes pour en interroger d'autres. Nous sommes pris par la main dans la familiarité d'autoroutes standardisées, mais ça et là s'ouvrent des sentiers critiques, dans un
cocktail détonnant de douces évidences et de piments plus corsés" : nous dit Corcuff.... Cette trame narrative et cette logique du fim lui
paraissent secondaires et détournées.... Pourtant c’est bien une nature intentionnelle et finalisée qui inaugure ce film en élisant un futur sauveur et qui clot le film en sauvant nos Na’vis
par l'envoi de ses animaux pour détruire l’invasion technique. On dirait du mauvais Rabhi ou Goldsmith … Tolkien avait déjà utilisé la ficelle : l'initiation et l'éléction d'un jeune
homme qui permet de faire apparaître un sauveur qui grace à son courage, son sacrifice et sa conversion s'attire les forces du bien présentes dans la nature et sauve le monde. (Esperons que
Corcuff ne pense pas à Olivier Besancenot lol)

Je ne vois pas trop où sont les
"sentiers critiques". Car tout laisse à penser que de toute façon à la fin, la nature a le dernier mot et rétablit l’équilibre… Cette dimension « New age » Corcuff la rejette
par principe (Ouf) et en même temps s'en raproche dangereusement conceptuellement en renvoyant aux nécessaires « conversions existentielles » devant enraciner les luttes écologiques
futures. Arnsperger auquel Corcuff emprunte cette notion, défends par ce terme clairement une "conversion" éthique spirituelle de l’authenticité dans son avant dernier
ouvrage. Je ne conteste pas la nécessaire part de changement individuel à articuler avec le changement collectif mais ne voit pas la nécessité de ce recours recurrent à une "puisance
extérieure" pour la fonder ( Oui je préfère le matérialisme de Michel Onfray au recours au spirituel de Christian Arnsperger). La transcendance pour
enraciner un projet de lutte et de résistance…voilà une bien drôle de position que l'on n'attendait pas chez Ph Corcuff que 'on pensait plus proche de la philosophie tragique d'un Clémént
rosset ou les "lumières radicales" des siècles passés. L'antiCohnbendisme et la défense d'une écologie radicale semblent le pousser parfois un peu loin.. à moins que ce soit le
plaisir de la plume et de l'interprétation.
Le Vatican se fait bizarrement meilleur
philosophe (cette fois ci) que Ph Corcuff en voyant très clairement la nature "paienne" ou panthéiste de ce film... (pas dur) Et on s'en étonnera pas (c'est son job) qu'il la
dénonce comme menaçante. Avec une argumentation connue. Dans ce film " La nature n'est plus une création à défendre mais une divinité à adorer" affirme le Vatican . Le
film présente une nature divine autonome..unre mère nature toute puissante ce qui ne peut pas aller avec Dieu le père créateur...La nature est devenue autonome et capable d'intentions, on est
pour le Vatican dans l'hérésie.
Bizarre, Corcuff est d'habitude un commentateur et théoricien bien plus avisé dont je ne me lasse pas de recommander la lecture, notamment ses livres "Des nouvelles sociologies" ou
"De la société de verre".
Bon mince, j'en finis par critiquer ce film qui m'avait malgré tout fait
passer un bon moment penadnt les fêtes (mais pas au point de l'applaudir à la fin du film comme la majeur partie de l'assemblée..l'honneur est sauf). Bon Corcuff il pourrait pas laisser
tranquilles les niaiseries hollywoodiennes plutot que de chercher à en faire des tribunes...ça nous gacherait pas les vacances en nous poussant à constater leur sens
régressif.
Avatar ne plaît pas au Vatican
AP Le Figaro
12/01/2010
"Avatar" fait exploser le box-office dans le monde mais ne plaît pas au Vatican. Le
Saint-siège estime par la voix de son journal et de sa radio que le film de James Cameron, qui sortira vendredi en Italie, est simpliste et flirte avec un culte païen de la nature.
"Avatar" raconte le combat de quelques humains aux côtés des habitants de la planète Pandora, qui vivent une relation fusionnelle avec la nature, contre les appétits destructeurs d'une
multinationale terrienne. Le film sorti le 19 décembre a rapporté plus de 1,34 milliard de dollars (911 millions d'euros), de recettes dans le monde. Il est diffusé en relief dans de nombreuses
salles.
"La planète Pandora flirte intelligemment avec toutes ces pseudo-doctrines qui tourne l'écologie en religion du millénaire. La nature n'est plus une création à défendre mais une divinité à
adorer", assène Radio Vatican. "Nous doutons (que ce film) soit l'héritier de ces chefs-d'oeuvre de la science-fiction qui, pour d'autres raisons que les effets spéciaux, ont marqué l'histoire du
cinéma", ajoute-t-elle.
"Tant de technologie stupéfiante, enchanteresse, mais si peu d'émotions véritables", résume "L'Osservatore Romano", qui a tout de même consacré trois articles à "Avatar" dans son édition de
dimanche et lui reconnaît un "extraordinaire impact visuel". Le journal du Vatican se fend de temps à autres de critiques cinématographiques ou musicales, comme il l'a déjà fait pour le film "Les
Simpson" ou le groupe U2. Plusieurs responsables de l'Eglise catholique avaient férocement critiqué le livre de Dan Brown "Da Vinci Code", dont l'intrigue évoquait de noirs secrets au
Vatican.
« Avatar » contre Cohn-Bendit : l'écologie doit être anticapitaliste
Par Philippe Corcuff | Politiste et membre du NPA | 03/01/2010 | 13H05
Après l'échec du Copenhague institutionnel et la vivacité du Copenhague mouvementiste, on peut être tenté de se
tourner vers la vitrine du marketing électoral d'Europe Ecologie. La bonne nouvelle ne viendrait-elle pas plutôt, et paradoxalement, d'un vieux routier de l'industrie hollywoodienne, James
Cameron, avec son « Avatar » ?
En 1998, dans « Une envie de politique » (La Découverte), passé alors
du statut d'icône soixante-huitarde à celui d'inspirateur d'un capitalisme vert, Daniel Cohn-Bendit écrivait ceci :
« Ce que la gauche doit donc faire valoir aujourd'hui, c'est que cette évolution a des aspects destructeurs,
car la production menace de détruire la planète. Faire cette démonstration n'est pas facile, mais on peut le faire au nom même de l'économie de marché, car je suis pour le capitalisme et
l'économie de marché. »
Pas le plus écolo, Marx pointait déjà la contradiction capital/nature
En se faisant le chantre d'un capitalisme chlorophyllisé et d'une écologie politique chloroformée, l'agité du
bocage politicien a rejoint les rangs d'une défense consensuellement aseptisée de la nature : les Al Gore, Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot et autres Jean-Louis Borloo.
Marx, quelque peu fasciné par le productivisme industriel de son époque, n'était pas exempt d'ambiguïtés quant au
rapport capitalisme/nature. Toutefois, il avait également commencé à percevoir une des contradictions principales travaillant le capitalisme en interaction avec la contradiction
capital/travail : la contradiction capital/nature.
Ainsi, pour lui, la production capitaliste épuisait « les deux sources d'où jaillit toute richesse : la
terre et le travailleur » (« Le Capital », livre I, 1867).
Pour Gorz, impossible d'éviter la catastrophe sans rupture radicale
André Gorz prolongea cette analyse en notre début de XXIe siècle : « La question de la sortie du
capitalisme n'a jamais été plus actuelle », écrit-il dans « Ecologica » (éd. Galilée, 1998). Et d'ajouter par avance contre une possible cohn-benditsation de la radicalité
écologiste :
« Il est impossible d'éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la
logique économique qui y mènent depuis cent cinquante ans. »
C'est dans une telle perspective que s'est récemment situé le journaliste Hervé Kempf : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » (éd. du Seuil,
1999).
« Avatar » : Hollywood dans la galaxie anticapitaliste ?
Les dénonciations gauchistes du capitalisme hollywoodien sont si courantes que les esprits anticapitalistes
pourraient avoir du mal à reconnaître des potentialités critiques dans une de ses productions. Et pourtant…
A des années-lumière de la Terre, la planète Pandora est sous colonisation américano-occidentale. Un minerai rare
suscite la convoitise d'une multinationale (« The Company », comme dans la série des « Aliens »), appuyée par des troupes militaires.
L'argument de la rentabilité financière (la rétribution des actionnaires est directement évoquée dans le film)
pousse à la double destruction de la nature et du peuple Na'vi. Ecocide et génocide constituent ici un double horizon de la logique du profit.
Cameron met en quelque sorte en images et en son une forme extrême de la contradiction capital/nature. La trame
narrative de la science-fiction, reconfigurée avec de nouveaux effets spéciaux numériques, projetée en 3D, donne une vérité éthique et politique proprement cinématographique à une composition
fictionnelle.
Une critique sociale, sur un plan sensible et intelligible
Ce dispositif cinématographique nous permet d'explorer au plus près de nos sensations un autre monde, celui de
Pandora et des Na'vis, en jouant tour à tour sur la frayeur, la surprise ou la joie de la découverte. La critique sociale s'exprime sur un double plan sensible et intelligible.
Cet univers étrange en 3D, qui nous fait d'abord peur, puis nous émerveille, constitue moins un des « autres
mondes possibles » des altermondialistes que l'envers de notre propre monde, un lieu imaginaire qui permet de mieux repérer les failles de notre réalité quotidienne à la manière de l'île
d'Utopia chez Thomas More.
Certes les Na'vis ont comme un parfum New Age, traînant une vision stéréotypée de la communion de
« primitifs » et de la nature. Mais le savoir-faire particulier des auteurs les plus originaux des films et des séries télévisées hollywoodiens consiste justement à prendre appui sur
certains stéréotypes pour en interroger d'autres.
Nous sommes pris par la main dans la familiarité d'autoroutes standardisées, mais ça et là s'ouvrent des sentiers
critiques, dans un cocktail détonnant de douces évidences et de piments plus corsés.
Sully vit une conversion existentielle, comme ces militants anticapitalistes…
L'anticapitalisme d'« Avatar » est indissociablement collectif et individuel. Se désintoxiquer de
l'imaginaire capitaliste passe aussi par une transformation de soi. Jake Sully (Sam Worthington, déjà remarqué dans « Terminator 4 »), ancien marine immobilisé dans un fauteuil
roulant devenant « pilote » mental d'un avatar (corps hybride d'ADN humain et de Na'vi), va connaître une véritable conversion : d'inflitré chez les Na'vi à protecteur de leur mode
de vie, de soldat impérialiste à eco-warrior.
Sully a quelque parenté avec la figure des « militants existentiels » anticapitalistes, caractérisée
« par un travail spirituel et politique de chacun de nous sur lui-même, soutenu par des communautés de vie », promue récemment par le philosophe de l'économie Christian Arnsperger dans
son stimulant ouvrage « Ethique de l'existence post-capitaliste » (éd. du Cerf, 2009).
Cette révolution culturelle personnelle prend les chemins de la fragilité dans
« Avatar » : un handicapé à l'âme guerrière, fasciné au départ par les capacités supposées illimitées de son avatar, finira par assumer ses faiblesses d'être humain
mortel.
Une écologie radicale, loin des niaiseries de Borloo ou Cohn-Bendit
Cepedant, Cameron ne suivrait pas Arnsperger dans son choix de la conversion existentielle contre la voie
révolutionnaire classique des rapports de forces.
Dans une conjoncture de menace extrême, « Avatar » justifie le recours au combat et à la force. Dans
certaines circonstances, l'anticapitaliste vert conséquent doit aussi savoir prendre les armes (au sens métaphorique, n'impliquant pas nécessairement le maniement de la
kalachnikov).
Cette écologie radicale n'a pas grand-chose à voir avec les niaiseries consensualistes de l'arc
Borloo/Cohn-Bendit. Elle appelle des clivages, des conflits, des affrontements. La transformation personnelle et l'action collective contre les forces dominantes apparaissent associées et non pas
opposées.
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